Gauthier et Hartunc 

Le site de la famille Gaultier de la Martinière

NOTRE FAMILLE

Notre  ancêtre  Joseph-Elie Gauthier est né « Helye Gaultier » en 1643 à Celles[1] dans l’élection de St-Maixent au Poitou, fils de Samuel Gaultier[2]. Si les recherches Québécoises passées sur les origines de Joseph-Elie Gauthier[3] se sont satisfaites de ce constat, les outils généalogiques, juridiques, historiques, socio-économiques, démographiques, onomastiques, toponymiques et héraldiques permettent de pousser beaucoup plus loin la recherche de ses origines…


Le Registre des actes civils du Département des Deux-Sèvres contient 141 actes (enregistrant 109 naissances, 23 mariages et 9 décès) pour le patronyme
Gaultier sur la période de
1520-1643[7]
. Cette base de données comprend des actes civils de Celles ainsi que d’autres lieux à moins de 40km de ladite bourgade ayant un lien historique avec les Gaultier de la région[8]. Les cartulaires du Poitou dépouillés par le cabinet de généalogie de M. H. Beauchet-Filleau attestent par ailleurs d’un nombre encore plus important de porteurs du patronyme Gaultier de par la province remontant jusqu’en 1095. Un Samuel Gaultier est attesté dans ces documents en tant que Seigneur de la Martinière en 1624 par le Greffe de St-Maixent[9]. Sa femme est alors Jacquette Vasselot[10].

Les estimations traditionnelles de la date de naissance de Samuel, père d’Helye, varient entre 1586 et 1600[12]. Ces dates méritent cependant selon nous d’être réévaluées, puisqu’elles voudraient signifier que Samuel aurait eu entre 40 et 54 ans à la naissance de son fils Jacques et trois ans de plus à la naissance d’Helye. Si ces dates de naissance demeurent possibles, et qu’il soit également très probable que Samuel Gaultier, Seigneur de la Martinière, aie été en vie sur toute cette période, nous les trouvons improbables. L’espérance de vie moyenne en France ne franchit pas le cap des 43 ans avant 1850 et on était ainsi considéré « vieux » dès l’âge de 40 ans jusqu’au XVIIIème siècle[13].

Mais si Samuel Gaultier, Seigneur de la Martinière, avait plutôt eu, de sa femme Jacquette, un fils, lui aussi nommé Samuel, ayant déménagé à quelques kilomètres de l’ancienne Seigneurie familiale [14] ? Il est permis de le supposer. Une consultation exhaustive des actes de l’état civil et des références de Beauchet-Filleau ne révèle que les deux individus précités comme ayant avant le XXème siècle porté le nom de Samuel Gaultier au Poitou ; ces deux personnes ayant tous les deux fort probablement été vivants en 1624 et ayant été domiciliées à moins d’une lieue de distance [16].

La proximité géographique des deux individus en question est suffisante pour être probante, sachant que, jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, les individus « trouvaient pour la plupart leur épouse, leur époux dans… un rayon d’une dizaine de kilomètres à peine » et que, sur trois ou quatre siècles, les familles ne se déplaçaient en général que d’une soixantaine de kilomètres au maximum de leur lieu d’origine[17].

Par ailleurs, l’éminent historien Georges Duby note qu’une homonymie dans les noms « renforce l’impression… par l’étude des noms individuels, d’un étroit cousinage... Cette cohérence même, parce qu’elle emmêle inextricablement les liens de parenté, rend plus difficile l’établissement des généalogies. Mais elle renforce les présomptions de filiation. »[18]

Si nos deux Samuel Gaultier sont, comme nous le présumons, parents et que la famille est également, comme le présume Beauchet-Filleau et tendent à le démontrer leurs alliances communes, apparentée aux Gaultier du Rivault, de Comporté, de Grandvau, de Chail et de la Chesnaye, que cela nous apprend-il au sujet des ancêtres de Samuel ?

La pratique d’adopter des patronymes remonte en France à la période du XIème au XIIIème siècle et est attestée pour quelques porteurs du nom « Gaultier » à Poitiers dès le XIème siècle. L’onomastique du patronyme sous cette graphie place ses origines dans l’Ouest de la France dans les zones adjacentes à la Loire[19] et l e Poitou est historiquement un des foyers démographiques importants des Gaultier dès les débuts du patronyme[20].  Avant 1650, il n’existait d’ailleurs presqu’aucune autre graphie du nom dans la province.

Si la France comptait environs 40.000.000 d’âmes à l’aube du XXème siècle, elle en comptait seulement 20.000.000 à l’aube du XVIIème, 16.000.000 en 1226 et 7.000.000 au Xème siècle[21]. Grossièrement, on peut ainsi supposer que s’il y avait 75 familles de cinq personnes portant le patronyme Gaultier au Poitou (toutes graphies confondues, afin de tenir compte des changements éventuels) en 1900[22], il devait ainsi y en avoir tout au plus une trentaine au début du XIIIème et entre 15 et 20 au XIème siècle. Quelques informations supplémentaires devraient nous aider à les situer...

Nous n’avons étudié, en ordre chronologique de leur attestation, que la petite fraction des Gaultier du Poitou attestés comme ayant vécu jusqu’à l’époque de Samuel et d’Helye Gaultier au début du XVIIème siècle, dans un arc d’une soixantaine de kilomètres de leur bourgade de Celles, vu le rythme de dispersion dans le temps probable d’une famille[23] et le fait que le patronyme figure pour la première fois dans les cartulaires à Poitiers. Les nombreuses familles Gaultier poitevines du Mirabellais, du Thouarsais, du Loudunais, du Châtelleraudais, du Montmorillonais, des Mauges, des pays de Retz, des Marais et des Bocages, ainsi que du Littoral Bas-Poitevin –soit près de 80% de la surface géographique du Poitou- ont ainsi été exclues de notre analyse[24]

Nous nous sommes intéressés tout particulièrement aux bourgs et bourgades à l’Est de Celles puisque la Martinière (provenance présumée du père de Samuel Gaultier de Celles) est à une lieue à l’Est de cette bourgade abbatiale. Il existe toutefois un nombre important de villages, de hameaux, de fermes et de fiefs dans un arc de 10km au Sud, à l’Ouest et au Nord de Celles dont nous avons également tenus compte dans notre analyse[25].

En 1095 et 1120, un Pierre Gaultier est cité dans les actes de l’Abbaye de Nouaillé à Poitiers (à seulement 60km au Nord-est de Celles). Un Giraud Gaultier et sa sœur Aléardis y sont également cités en 1096, 1101 et 1119. Ils sont les premiers porteurs du patronyme Gaultier au Poitou et ce, cinq cent ans avant la naissance de Samuel Gaultier. Si on a peu d’éléments d’information sur ces premiers Gaultier, selon une étude de Jacques Bodrais[26], le patronyme se démarque par les caractéristiques suivantes :

  • Il s’agirait d’une graphie altérée du nom « Walthari » d’origine françique, remontant au Vème siècle, signifiant « chef d’une armée » ;
  • Il s’agirait d’un nom de baptême « familial », traditionnellement transmis de père en fils et marquant l’entourage général de la famille, de telle sorte que lorsque des patronymes commencèrent à être adoptés, le patronyme aurait collé parce que les familles qui la donnaient auraient déjà été connues comme « la famille des Gaultier » ;
  • Enfin, il s’agirait à l’origine d’un nom de famille originaire de région peu peuplée, parce que ne portant ni de « surnom » ni de « particule », augmentations employés là où il y avait plusieurs personnes portant le même nom...

Les premiers Gaultier du Poitou sont donc peut-être une famille de militaires et/ou d’agents forestiers des environs de Poitiers, alliée à ses seigneurs carolingiens[27]. En 1095, le Comte de Poitiers est Guilhem IX, de la Dynastie des Ramnulfides, fils de Guilhem VIII et d'Hildegarde de Bourgogne, époux d’Ermengarde d'Anjou, participant à la 1ère croisade et père de l'embryon de l'organisation administrative du Comté[28].

Notons toutefois à titre d’information historique supplémentaire que l’origine des Francs au Poitou remonte aux conquêtes de Clovis qui, entre 484 et 490, conquit le domaine de Syagrius, dernier représentant romain. Il devint alors maître d’une région s’étendant de Soissons jusqu’à la rive Nord de la Loire, que les Francs appelleront la « Neustrie ». Nantes et Anger (Adecavus) auraient ainsi été les marches du Royaume franc de la Neustrie dès 490, sur la frontière du Royaume des Wisigoths, situé au Sud de la Loire. A partir de là, les francs effectuent par exemple des razzias sur Xaintes et Bordeaux entre 494-498. Les Francs partent véritablement en guerre contre les Wisigoths en 507. La bataille décisive eut lieu dans la plaine de Vouillé, au nord-ouest de Poitiers. Les Francs, qui s'étaient avancés sur les bords de la Vienne (tributaire de la Loire passant par Poitiers), dont la rive Ouest était occupée par les Wisigoths, traversèrent le fleuve et forcèrent les Wisigoths à la retraite. La conquête totale de l'Aquitaine en 507-509 en fut le résultat[29]. La présence d’une famille Gaultier dans les environs de Poitiers, mais ayant séjourné à Nantes ou plus vraisemblablement à Anger (où l’onomastique place l’origine du nom, remontant à vers 484-490), pourrait donc remonter jusqu’en 507.

Qui pourraient être les géniteurs de cette famille ? Le Prof. Learned énumère tout juste 22 porteurs du nom Gaultier ayant vécu avant l’an mille. Si on élimine les Burgonds, les Lombards, les Francs d’Outre-Loire ou dont on ne connait pas localisation géographique, ainsi qu’un Bordelais (vivant au Sud du Poitou, en Gascogne), il n’en resterait plus que deux :

 

  • Comte Gualtiers/Waltharius « d’Aquitaine », Comte franc semi-mythique, leude et vassal du Roi franc Salique Merowech, membre de la Maison royale ayant participé à la défense de la Gaule contre Attila vers 451 ;
  • Waldericus, « Dux francus », Leude du Roi Dagobert I et participant à la campagne contre la rébellion Gasconne par les Basques du Duché de Vasconie, au Sud de l’Aquitaine en 636 AD[30].

On peut toutefois rajouter à cette liste deux autres porteurs du nom, cités dans des sources diverses :

 

  • Baron/Comte Gualtier/Gautier « de l’Hum », Vassal de Roland/Hruodland (Brittannici limitis praefectus, de la Maison de Charlemagne, marquis des « marches bretonnes » de la Maine, de la Touraine et de l’Anjou), participant à la campagne contre les Basques à Roncevaux, personnage semi-mythique décédé le 15 août 778 à Roncevaux ;
  • Gaultier « le Poitevin », Vassal de Guillaume le Conquérant attesté en 1066 aux rôles de la Falaise.

Une famille de militaires Gaultier demeurera à Poitiers tout au long du Moyen-âge et des Guerres de Religion.[31] Il y a d’ailleurs, un quartier important dans les paroisses de St-Cyprien et de St-Benoit de Poitiers nommé « le Clos Gaultier ». Si la relation de ces notables de Poitiers et d’Aquitaine aux Gaultier ultérieurs du pays Mellois est incertaine, elle demeure possible…

En 1255, le Chev. Guillaume Gaultier est cité à Xaintray dans la Gâtine (à 38km ou 8h à pied au Nord de Celles), dans une comparution relative aux obligations des hommes de cette ville envers le Seigneur de Parthenay (les sires de Parthenay sont, au Moyen-âge, les seigneurs de la Gâtine)[32]. Il est intéressant de noter la probabilité que Guillaume Gaultier ait participé à la 6ème ou à la 7ème croisade –et qu’il soit le porteur originel des armoiries Gaultier que l’on trouve dans l’Armorial du Poitou. Le croissant des armoiries de la famille rappelle effectivement, selon la tradition héraldique, une participation du premier porteur aux croisades. S’il est probable que Guillaume ait laissé postérité à Xaintray[33], la dispersion du patronyme dans le temps et dans l’espace suggère que certains de ses descendants aient également migrés vers le Sud des Deux-Sèvres. Par ailleurs, sachant que la surface géographique du Poitou historique (Deux-Sèvres, Vienne et Vendée) était de 19,739km2, il ne devait y avoir qu’une seule famille porteur du patronyme située sur  chaque parcelle de territoire poitevin d’environ 40x40km lors des origines du patronyme au XIème siècle. Partant de ce constat, il est très probable que le Chev. Guillaume Gaultier soit un ancêtre de Samuel et d’Helye Gaultier.

Dans la Gâtine, entre Parthenay et Celles, en 1454, un prêtre Jean Gaultier est attesté à Mazières-en-Gâtine (à 36.6km au Nord ou 7.5h à pied de Celles). En 1457, un Sr. Pierre Gaultier est attesté Sr. de la Vinière (à 31km ou 7.5h à pied de Celles, près de Mazières-en-Gâtine) et plus tard propriétaire de la Seigneurie de la Guessière. En 1550, Catherine Gaultier épouse le Gén. Jacques de la Coussaye (à 35km ou 7h à pied de Celles, tout à coté de Mazières-en-Gâtine). En 1572, une Françoise Gaultier, veuve d’un échevin de Fontenay-le-Comte, se remarie au Seigneur de Guignefolle (près Cherveux, à 25.8km ou 5.5h à pied de Celles). En 1600, un Michel Gaultier, Sgr. de la Carnerie (à la Boissière-en-Gâtine, à 42.7km ou 9h au Nord de Celles), fait aveu de son fief. En 1632, c’est au tour de Jean Gaultier (sans doute son fils). Il est à noter que la Seigneurie « des Rivières » à Ste-Eanne (à 19 km ou 4h à pied au Nord-est de Celles[34]) appartient en 1641 à un Mathurin Gaultier, également Sieur de la Simonière (domaine à 38 km ou à 9h à pied au Nord de Celles, près d’Allonnes[35]), feudataire du Seigneur de Parthenay et toujours en vie en 1687. La région Gâtinaise continue d’ailleurs d’avoir un nombre important de Gaultier nobles du vécu de Samuel et d’Helye Gaultier. Ces Gaultier sont vraisemblablement des collatéraux de la lignée Melloise, également descendus du Chev. Guillaume Gaultier, mais s’étant établi au Nord plutôt qu’au Sud de Xaintray.

A Niort[36] (à 21km ou 4.5h à pieds de Celles), on atteste du premier Gaultier en 1456-1465 ; il s’agit de Pierre Gaultier, Pair de Niort, dont la veuve se remaria au Seigneur de la Rayrie et reçu comme dote le tiers de l’ « Hôtel du Brueil » (on note par la suite une famille « Gaultier du Breuil », Seigneurs du Breuil au XVIIème siècle). En 1576-1583, on atteste également de François Gaultier, Sergent Royal et Procureur, qui eut six enfants dont François Gaultier (II), Sergent Royal attesté entre 1583-1609. François Gaultier (II) eut lui-même postérité à Niort, dont un fils nommé Jacques. Un autre Jacques Gaultier, Procureur à Niort, est cité en 1579-1606. Ce dernier eut au moins deux enfants, dont un fils aussi nommé Jacques et une fille qui se maria au Sieur de St-Denis. Une Louise Gaultier, fille de Jean Gaultier vivant à St-André-de-Niort, née vers 1605, épouse en 1638 le Sergent judiciaire Pierre Glory, à Notre-Dame de Niort. Enfin, si Jean Gaultier, attesté en 1605-1625, fut Pair de Niort, Visiteur des Prisons et Lieutenant de la 5ème Compagnie Catholique, les actes civils protestants de Niort révèlent également un nombre considérable de Gaultier huguenots à Niort au début du XVIIème siècle[37]. Des alliances communes[38] rendent probable que les Gaultier Huguenots de Niort soient cousins de la famille Gaultier de Pierre-Levée dont est issu Samuel Gaultier de la Martinière.

Entre Poitiers et Celles, à l’Est de la bourgade, en 1472-1472, les frères Guillaume, Junien et Gabriel Gaultier sont cités en tant que propriétaires de plusieurs terres dans la région de Charroux (à 49km ou 11h à pied au Sud-est de Celles). En 1477, un Jean Gaultier doit être remplacé par le Sgr. des Marais (à 55km ou 11h à pied au Sud-est de Celles) à l’arrière-ban du Poitou. En 1571, Renée de Barbezières, veuve de l’Ecuyer René Gaultier, Sgr. du Fresne, se remarie au Sgr. de Vaux (à 33.3km à l’est de Celles).

Dans les Plaines à l’ouest de Celles, en direction du Bas-Poitou[39], en 1399, on cite un Pierre Gaultier en tant que Prieur de Chauché (près Chapelle-Thireuil, à 49.9km ou 10h à pied de Celles). En 1490, on cite un Jean, une Naule et une Jeanne Gaultier dans un hommage rendu à Fontenay-le-Comte (à 54.8km ou 11.5h de Celles à pied). Un Lucas Gaultier, Commis au Greffe de Fontenay-le-Comte, y est cité à la même date.

Dans la région circonvoisine de Celles, en 1436, un André Gaultier rend hommage au Sgr. de Mortefons (à 18km au Nord-est ou 4.5h à pied de Celles, à Pamproux[40]). En 1465, la veuve de Pierre Gaultier, Pair de Niort, se remaria au Seigneur de la Rayrie et reçu comme dote le tiers de l’ « Hôtel du Brueil ». En 1491, un Jean et un Pierre Gaultier de la Seigneurie de St-Maixent (à 17.9km ou 3.6h à pied au Nord-est de Celles) servirent comme archers au ban des nobles de Poitou. Un autre Jean Gaultier, de la Seigneurie de Melle (à 7km au Sud-est ou 1.5h à pied de Celles), servit également comme archer audit ban. En 1497, Jacques Gaultier est cité en tant que Sgr. de La Tousches[41]. En 1520, une Perette Gaultier épousa le Seigneur « de la Guilotrye ». Une famille Gaultier fournit les seigneurs de Pierre-Levée (à 27km de Celles) en 1572-1631, dont les écuyers successifs Antoine Gaultier, Aaron Gaultier et Antoine Gaultier du Chanteloup[42]. Il y a également, à St-Maixent, des actes de mariages protestants datant de la fin du XVIème et du début du XVIIème[43]. Un Jean « Gautier » fut baptisé à St-Martin-lès-Melle, fils de Daniel Gautier et de Georgette de la Croix, en 1618[44]. En 1621, une Judith Gaultier fait un échange de terres avec le Sr. de Courtiou (à 4.7km ou 1h à pied au Nord-est de Celles). En 1629, un Michel Gaultier, beau-frère de l’enquêteur et examinateur du siège de St-Maixent, y est attesté. Les registres de la Paroisse St-Léger à St-Maixent comprennent également plusieurs autres actes de baptême au début du XVIIème[45]. En 1629-1631, un Jean Gaultier, ancien tuteur du fils du Procureur fiscal du duché de Retz, est cité en tant de propriétaire d’un fief à Granzay (à 23.5km ou 5h à pied de Celles). En 1646, une Jeanne Gaultier est attestée en tant que veuve du feu procureur et notaire à Melle. Une famille « Gaultier du Breuil », Seigneurs du Breuil au XVIIème, dont Claude Gaultier, Ec., attesté en 1656-1685. Sa fille, Jeanne-Marie, se maria d’ailleurs en 1682 à la Paroisse St-Hilaire de Celles au Seigneur de St-Hilaire, en présence de Jacques Gaultier, Seigneur des Places[46].
 Enfin, un Louis Gaultier (possiblement de Seigneur du Rivault) servait comme Greffier en Chef de la Sénéchaussée de St-Maixent de 1687 à 1699.

Une famille portant le nom Gaultier, de La Mothe, fournit éventuellement les seigneurs de Comporté (à 17.6 km ou 3.6h heures à pied de Celles) et du Rivault à Ste-Eanne (à 19 km ou 4h à pied de Celles), ainsi que de « Chaille » (Chail est à 11.9 km ou 2.5h et Chaillé à 5.7km ou 1h à pied de Celles)[47]. En effet, le Moulin du Grand-Vau à la Mothe ainsi que la seigneurie du Rivault étaient en 1606 la propriété de Me. Philippe Gaultier, juge-sénéchal de La Mothe, Sieur du Rivault et de Comporté, qui les céda alors à son fils Jacques. Le registre des baptêmes de La Mothe fait état de la naissance d’une Madeleine Gaultier, fille du procureur fiscal Jacques Gaultier, en 1614. La Paroisse de Ste-Eanne comprenait la Seigneurie « des Rivières » (ou du « Rivault ») qui, en 1641, appartenait par ailleurs à un Mathurin Gaultier, Sr. de la Simonière, qui la cédait alors également au Sgr. de La Mothe. Tel précédemment signalé, un 1648, un Pierre Gaultier est cependant toujours attesté comme Sieur de la Simonière. Tel noté en début d’étude, Beauchet-Filleau présume que Joseph-Elie appartient à cette même famille.

Les actes civils pour Celles (qui remontent à 1611) peuvent être consultés aux Archives Départementales des Deux-Sèvres, à Niort[48].Que nous apprennent-ils, quant à eux, sur la famille d’Helye et de Samuel Gaultier ? Entre 1640 et 1760, il y eut 16 naissances, 10 mariages et 12 décès parmi les porteurs de ce patronyme dans la commune. Outre la famille immédiate d’Helye Gaultier, on peut y trouver parmi ses contemporains un Pierre Gaultier (né en 1623), qui y eu quatre enfants entre 1650 et 1672 et y fut enterré ; un François Gaultier, qui y est né vers 1640-1642 ; ainsi qu’un Charles Gaultier, qui y eu quatre enfants entre 1661 et 1682. D’après nos consultations, une Anne et une Marie Gaultier (lettrée, épouse d’Hillaire Fillaud en 1615-1652, mère de quatre de ses enfants, et souvent marraine des enfants de la paroisse dans la période entre 1622 et 1643) sont inscrites au registres. Une Françoise Gaultier, qui pouvait écrire et signer, était par ailleurs souvent nommée en tant que marraine des enfants de la paroisse dans la période entre 1622 et 1643. Nous pourrions présumer un cousinage entre Pierre, Anne, Marie, Françoise et Samuel Gaultier…

Les registres de la paroisse avoisinante de St-Hilaire de Melle (qui dépendait de l’abbaye) remontent jusqu’en 1519 pour les baptêmes, et jusqu’à 1624 pour les mariages et sépultures. Parmi ces actes, on peut citer des actes de baptêmes pour un Pierre Gaultier et ses deux filles (1520-1563). On trouve également les actes de baptême des enfants d’un certain Jean Gaultier, dont Michaud, Thibault, Jean II, Regné, Françoise et Jean III (1536-1549). Le registre des baptêmes de St-Romans-Lès-Melle y révèle la naissance d’un Jacques Gaultier entre 1600 et 1610. Nous pourrions, encore une fois, présumer un lien de parenté entre Pierre, Michaud, Thibault, Regné, les divers Jean, Jacques et Samuel Gaultier. Les registres de la Paroisse de St-Pierre de Melle, quant à eux, ne remontent que jusqu’à 1674.

Sachant que seulement 47 paroisses et communes du Poitou ont enregistré des naissances de porteurs du patronyme Gaultier dans leurs actes civils avant 1643[49], on peut très prudemment supposer qu’une seule famille Gaultier ait existé dans la grande région de chaque paroisse enregistrant une naissance Gaultier entre 1226 et 1600[50]. Sachant que 32 des 47 registres révélant des naissances Gaultier au Poitou avant 1643 sont de communes situées dans les Deux-Sèvres[51], et en admettant que si les actes civils ne révèlent que 143 naissances Gaultier sur cette période certains individus y échappent manifestement, les registres semblent néanmoins tout à fait adéquats pour capter l’existence et la situation de toutes les familles Gaultier du Département. Il est donc extrêmement probable qu’Helye Gaultier soit de la même famille que Samuel Gaultier de la Martinière.

SAMUEL GAULTIER (DE CELLES), FILS DE SAMUEL GAULTIER DE LA MARTINIERE ?

Que sait-on au sujet de Samuel Gaultier de la Martinière? Nous savons que Samuel Gaultier, Ec., Sr. de la Martinière, « demeurant à Pierre-Levée, parroisse de Bessines, près led. Nyort », représenta et conseilla en 1624 « le haut et puissant sr. » Mre. Téodore Agripa d’Aubigny, chevalier[52], et prit charge de ses droits et obligations en qualité de procureur et « précaire possesseur », dans un différend immobilier avec « la dame d’Adou ». Gaultier y est décrit comme étant des « parens et amis desd. partyes »[53].

Les Gaultier sont les seigneurs de Pierre-Levée (près de Bessines[54]). Samuel est donc vraisemblablement le frère d’Antoine Gaultier, Ec., Sgr. du Chanteloup, cité en 1630, et de Renée (citée en 1631, épouse du Sgr. de Goize et de St-Léger, dans le pays d’Aulnay). Il serait donc aussi le fils d’Aaron Gaultier, Ec., Sgr. de Pierre-Levée et d’Adrienne Fourré (cités en 1588-1631), elle-même fille de René Fourré, Sgr. de Beaulieu, et de Gabrielle de la Place. Aaron Gaultier est lui-même le fils d’Antoine Gaultier, Ec., Sgr. de Pierre-Levée, et de Barbe Maignen[55] (cités en 1572[56]). Barbe Maignen tient toujours noblement le fief de la Fuye dans la Seigneurie de la Monts-en-Prahec (de Baptiste Chabot, Sr. de la Mothe-St-Denis-de-Mayré, Prinsay et de la Montz-en-Prahecq) en 1620[57].

Les Gaultier de Pierre-Levée semblent être parents des Gaultier de la Chesnaye, du Rivault, du Grandvau, de Comporté et de Chail –qui sont, à partir de 1640, à la fois redevables de rentes à l’Abbaye de Celles et liés par mariage à ses barons[58].

La lignée maternelle des Gaultier de Pierre-Levée est aussi liée par mariage aux Barbezières –seigneurs commendataires de Celles à l’époque[59]. Enfin, les Gaultier de la Mothe semblent avoir été liés à des familles notables de l’Enclave de la Martinière dès 1520[60]. Tous ces faits renforcent la présomption de Beauchet-Filleau qu’Helye appartient à la même famille Gaultier qui a fourni les seigneurs de la Chesnaye, du Rivault, de Comporté, du Grandvau et de Chail.

Les aïeux de Samuel Gaultier de la Martinière sur ses lignées maternelles ont entre autres tenu comme fiefs : Gournay (Gournay-Loizé) à 20km de Celles, Comporté à 20km de Celles, Plibou (Pliboux) à 32km, Vaillé (près Aigonnay) à 10km, St-Gelais à 22km, les domaines à Melleran et à Granzay (près Civray) à 25km, le Breuil (à 12km)[61] et la Guillotière (à 7km).

Par ailleurs, Samuel Gaultier de la Martinière est, dans la période de 1624-1631, époux de Jacquette Vasselot, née entre 1579 et 1610. Sa présence, avec Samuel, est possiblement attestée lors du mariage de sa sœur Perette à St-Maixent en 1631. Elle est la fille de Pierre Vasselot (II), Ec., Sr. de la Thibaudière (ou Thimbaudière, à Thorigné –à  4km de Celles), de la Grange (à Thuré[62]), de la métairie de Lamairé (à Prailles, à 8km de Celles) et de fiefs à St-Maixent (à 19km de Celles) et à Exoudun (à 15km). Elle est la petite fille de Pierre Vasselot (I) et de Florence de Bonney. Du coté maternel, elle est la fille de Jacquette Pouvreau de L’Augerie (Pouvreau est à 28km de Celles). Comme ses parents sont des pratiquants de la Religion Protestante Réformée (RPR), on peut aussi le présumer de Jacquette (et probablement de son époux Samuel Gaultier, lui-même ami des D’Aubigny, parent des Maignen et feudataire des Baudéan, ainsi que probablement parent de la famille du Sr. Abraham Gaultier de Niort –tous des calvinistes). Jacquette est également la belle-sœur de la Dame Marie de Brémond, dont certains parents vivent à Celle. Enfin, elle est la tante de Gabrielle Vasselot, qui épousa en 1666 Charles de la Barbezières[63].

Si la famille Vasselot est originaire de la région de Souvigné, où est située son château du Régné, elle est également, dès 1324 propriétaire du fief de Melé (près de Pamproux –à 23km de Celles), vers 1360 du fief de l’Aumosne à la Chesnaye (à 11km de Celles), vers 1379 du Breuil-de-Prailles (à 8km de Celles), vers 1597 de la métairie de la Bernadière et de Gascougnolles à Aigonnay (à 10km de Celles), vers 1640 de la Barre (limitrophe à l’Enclave), vers 1653 du château des Marais près Lezay (à 19km de Celles), et vers 1669 de Fors (à 17km de Celles). On les trouve plus tard à la Fuye en Prahecq (à 10km de Celles)[64]. Un Chev. Marin Vasselot, convertit au catholicisme en 1585, était par ailleurs en 1561 seigneur de Javarzay (à 24km de Celles) en 1583, selon un acte fait devant notaire à Melle (à 8 km de Celles)[65].

La famille Vasselot est alliée par mariage aux familles de Barbezières (seigneurs de Celle), Baudéan (seigneurs-liges de la Martinière), Jouslard (seigneurs de Mortefons –dont les Gaultier ont à une époque été les feudataires), aux seigneurs du Pinier (dans l’Enclave) et aux Thibault (une famille ayant historiquement tenu de nombreuses possessions au sein de l’Enclave, dont la Roche Thibault, la ferme Thibault, St-Thibault). Enfin, elle est elle-même propriétaire du château de la Guillotière (dans l’Enclave), et des fiefs de la Barre et du Breuil (limitrophes à l’Enclave).

La famille est ainsi à la fois « voisine » et étroitement alliée à la famille Gaultier de la Martinière ainsi qu’aux notables de Celle.

Samuel Gaultier de la Martinière est issu de ce qui semble bien être une seule et unique famille Gaultier étendue, d’ancienne extraction, très présente dans la région circonvoisine à Celles, ayant de nombreuses alliances avec les barons et seigneurs de l’Abbaye de Celles au début du XVIIème siècle.

Comment ces constats cadrent-ils avec une analyse des actes civils et des cartulaires de la région en ce qui à trait à la filiation présumée de notre second Samuel Gaultier (père d’Helye Gaultier à Celles) ?

·         Une étude des liens féodaux et matrimoniaux de la famille de Samuel Gaultier de la Martinière  révèle une alliance extrêmement probable entre ladite famille et les barons et seigneurs de l’Abbaye de Celles au début du XVIIème siècle. A partir de son fief avoisinant l’abbaye, Samuel Gaultier de la Martinière aurait facilement pu agir en tant qu’interlocuteur de la famille en ce qui avait trait à l’affaire en justice opposant les Barbezières à la famille de la Rouchefoucauld, au produit des pêcheries de Comporté du à l’abbaye et aux charges dues par la ferme de la Jaufretière à son cousin le Seigneur de Chail, ainsi qu’en tant que « gardien » de sa cousine ou sœur présumée Marie, épouse de Me Hillaire Fillaud. Il aurait aussi eu à gérer la question des rentes de l’abbaye prélevées sur les messes de la Guillotière, la gaignerie de Pillac et la ferme Thibault. Samuel Gaultier de la Martinière avait plusieurs raisons de se rendre fréquemment à Celles (fief voisin, à moins d’une lieue de distance) et, au vu de ses attraits, peut-être d’y établir une résidence secondaire.

·        Nous ne croyons pas que Samuel Gaultier de la Martinière soit la même personne que Samuel Gaultier (de Celles), car le premier semble résider (au moins principalement) à Pierre-Levée et le second est paroissien de Celles. Samuel Gaultier (de Celles) n’est cependant pas né à Celles, puisqu’il n’y a aucun acte de baptême à cet effet dans les registres de la paroisse –qui remontent jusqu’en 1611. Il a donc « émigré » vers Celles d’ailleurs dans la région circonvoisine et son père est ainsi également d’ailleurs dans la région circonvoisine[66]. Il n’est probablement pas le fils de Pierre Gaultier (de Celles), car les enfants de Pierre sont inscrits au registre des baptêmes de et qu’il n’aurait, de toute manière, eu que 17 ans à la naissance de Jacques (frère d’Helye) en 1640, alors que l’âge moyenne de mariage se situait vers 23 ans (et non pas de 16 ans). Il n’est probablement ni le fils de Jacques Gaultier ni de Philippe Gaultier (de Ste-Eanne), sieurs successifs du Rivault, car leurs enfants sont attestés dans les cartulaires et les généalogies de la région –qui ne font aucune mention de Samuel. Enfin, il n’est probablement pas le fils de « Daniel Gautier » (de St-Martin-les-Melle), puisqu’il n’existe aucun acte de baptême portant son nom à la paroisse de St-Martin –qui remontent jusqu’en eu moins 1620 (possiblement même un siècle plus tôt). Cette présomption est d’ailleurs renforcée par la différente graphie de leurs patronymes.

·        Samuel Gaultier (de Celles) est le porteur d’un prénom biblique, tout comme son fils Helye, et comme Samuel Gaultier de la Martinière et son père Aaron Gaultier de Pierre-Levée –peut-être dû à des sympathies, des liens ou un historique familial calviniste[67].

·         Samuel Gaultier (de Celles) est porteur du même nom que Samuel Gaultier de la Martinière, créant selon Duby une présomption de filiation[68].

TROUBLES POLITICO-SOCIO-ECONOMIQUES ET DIFFICULTE DE « VIVRE NOBLEMENT »

Si Samuel Gaultier de la Martinière était parent du père d’Helye, comme tendent à le dvmontrer les faits au dossier, et de la même famille que les Gaultier du Rivault, de Comporté, de Chail, de la Chesnaye et du Grandvau, comme le présume Beauchet-Filleau, doit-on déduire une dérogeance de la noblesse de l’absence du port, à sa suite, du qualificatif « Ecuyer » par les hommes de la famille dans les actes civils ? Une fois par exemple appauvrie, une famille cessait de « vivre noblement » et, à tout le moins (dans le cas d'une maison d'ancienne extraction), un processus d'obscurcissement commençait. Même si techniquement toujours noble, l’absence de l’emploi du qualificatif « Ecuyer » par Samuel Gaultier, ses fils et petit-fils n’aurait rien de surprenant. Un tel comportement de réserve serait conforme aux mœurs de l’époque. Analysons donc la situation économique du fief de la Martinière au début du XVIIème siècle…

Calvin prédiqua à la Mothe et à Niort en 1543, et à St-Maixent en 1544[69]. Par ailleurs, en 1543, pendant le carême, un jeune prédicateur « un malsentant de la foy », selon le terme alors consacré, attaqua vivement, dans une réunion à La Mothe, l’église romaine. La cour recommanda alors à l’évêque d’agir dans toute l’étendue de son diocèse en faisant « diligemment et secrètement informer » contre tous les suspects d’hérésie[70]. Peu après, en 1544, des huguenots de Melle se rendirent à l’abbaye de Celles et la sacquèrent. En même temps, des bandes de pillards rodèrent auprès de Celles et s’attaquèrent aux pauvres gens sans défense, isolés dans la campagne et dans des villages écartés. S’il n’y avait pas de temple huguenot à Celles, on sait que des réunions clandestines connues sous le nom d’ « assemblées du désert » eurent lieu autour de Celles, le plus souvent la nuit, au milieu des bois ou dans des endroits écartés[71].  En 1545, François 1er entreprend les premières persécutions qui déboucheront sur les « guerres de religion » du Poitou[72].  

Une déclaration du 4 septembre 1559 prescrivit que toute maison dans laquelle se tiendraient des réunions protestantes serait démolie, et une ordonnance du lieutenant de la maréchaussée de Poitiers, datée du 23 septembre 1560, faisait « défense à toute personne de faire convocation ou assemblée, soit de jour ou de nuit, en public ou en secret ». Pour terminer, il était recommandé à chacun de dénoncer tous les réformés de sa connaissance sous peine d’être puni soi-même comme fauteur et complice. Deux édits, l’un du 9 novembre et l’autre du 17 décembre 1559, complétaient ces mesures et prononçaient la peine de mort contre tous ceux qui prendraient part à un prêche protestante ou qui recevrait chez eux un prédicant protestant sans le livrer à la justice. Le protestantisme a connu, dans la paroisse d’Exoudun et ses environs, une rapide progression parmi la population des campagnes. A cette époque, l’industrie du tissage des laines communes, de la toile de chanvre ou de lin occupait un grand nombre d’artisans dans la région qui, au dire de l’intendant Foucault, furent les propagandistes les plus actifs de la Réforme. En face du nombre toujours croissant des réformés, les catholiques d’Exoudun restèrent prudents, car s’ils avaient pour eux le roi et la cour, les premiers avaient la force numérique et l’appui de la noblesse locale. L’appel aux armes lancé par Condé en 1562 trouva écho parmi les nobles d’Exoudun, presque tous des zélés protestants[73].

En 1562-1563, on saccagea les églises de St-Maixent et de Niort. On attaqua encore Niort et St-Maixent, ainsi que Melle, Verrines et St-Léger en 1568 ; leurs églises furent alors dévastées et les maisons des habitant pillés. Le comte de Montgomery détruit au même moment l’abbaye de Celles[74]. En 1568, une nouvelle guerre éclata. Saint-Maixent fut pris et pillé par une troupe de réformés dont un détachement occupait La Mothe. Les avant-gardes des deux troupes ennemies se rencontrèrent non loin de Pamproux[75]. Si, en 1569, les troupes royales reprirent St-Maixent et Melle, cela occasionna encore des batailles dans la région de Celles[76]. La perte des villes de Saint-Maixent, La Mothe, Couhé et Lusignan, jointe aux défaites de Jarnac et de Moncontour en 1569-70, porta la désolation dans les camps des réformés. En 1572, « il y eut des gens de pied aux bourg de Saint-Maixent et La Mothe Sainte Héraye lesquels où la plupart d’iceux y pilloient et détroussoïent les passants ». En 1573, une famine décima la population, s’ajoutant à des épidémies. En 1574, quelques escarmouches ont lieu aux environs de La Mothe et de Saint-Maixent. Le duc de Montpensier arriva à La Mothe le 19 août 1574 à la tête d’une nombreuse armée avec onze canons de batterie. Ses troupes « campèrent audit lieu de La Mothe, à Exoudun, Bagnault, Goux, Celles et autres lieux circumvoisins ». S’étant emparé de Melle, le samedi 21 août 1574, il s’achemina ensuite vers Lusignan, suivi des 20.000 hommes qui composaient son armée[77].  En 1574, les troupes de Montpensier firent à leur tour campagne à la Mothe, Exoudun, Melle et Celles[78].

En 1575, la population avait toujours à souffrir de la présence « de ces gens de guerre qui y ont mangé, dissipé et gasté la plupart des fruits y étant, et rançonnés les pauvres villageois et gens passans». En 1576, les troupes cantonnées dans la paroisse d’Exoudun où « elles faisoient immémorables maux que leurs capitaines leur commandoient y piller, voler, ruyner et casser tout, voire violer les femmes et les filles. » [79]  Les compagnies de Bussi et de Lavardin campèrent à la Mothe et à Celles en 1577[80]. En juillet 1583, « deux hommes, l’un d’Exoudun nommé ou surnommé Merienne et l’autre de La Mothe Saint-Héray, furent bruslés comme sorciers par sentence du prévost des maréchaux de Poitiers ». Des crimes et des assassinats sans nombre furent perpétrés sous le couvert de la religion; la misère atteignit un degré jusqu’alors inconnu : « Le jeudi 15 décembre 1585, M. le duc du Maine estoit à Bagneaux avec son armée et artillerie ès-environs. » Il se proposait d’occuper Bagnault, Exoudun, La Mothe et ses environs. Dans les derniers jours de février 1586, un détachement des troupes occupait La Mothe. Le bourg de La Mothe fut « arsi et bruslé, la vigile Saint-Jean-Baptiste mil cinq cens quatre-vingtz-sept ». Partant de La Mothe, Joyeuse se dirigea vers Saint-Maixent où il fit mettre à mort le ministre la Jariette. Au cours de l’année 1587, les troupes catholiques occupent à nouveau Bagnault et Exoudun où elles se livrent à un pillage, ainsi qu’à des actes de brigandage et de brutalité. Vols de toutes sortes, destruction d’immeubles se multiplièrent à tel point que le pays était « ruyné et désert pour estre le bétail et laboureurs rançonnez par les gens de guerre. » On n’avait jamais vu jusqu’alors « si extrêmes et grandes pilleries, saccgemens et destruction, bruslemens, ravissemens, morts par guerre, peste, pauvreté advenues en toutes les familles »[81].

A partir de 1602, Geoffroy de Barbezières, Sgr. de la Roche-Chemerault, s’empara (avec l’accord de Charles IX) de l’abbaye demeurée vacante suite aux feux et aux pillages des huguenots, la traita (selon Largeault) comme un bien personnel, et la remplit des fils de ses domestiques et de ses fermiers, « qui ne songeoient qu’à boire, manger, chasser et se divertir ». Il nomma Maitre Hillaire Fillaud, sieur de Boisvert (qui n’avait jamais reçu d’ordres sacrés), son « abbé fiduciaire » ou « confidentiaire »[82] dans la période de 1614-1623 et Jean de Bodyan le prieur. Si, en 1623, le Cardinal François de la Rochefoucauld fut nommé abbé de Celles par le roi, il dut intenter une action en justice pour arracher l’abbaye à la famille Barbezières.

A la mort d'Henri IV, en dépit de l'affirmation de la liberté de conscience contenue dans l'Edit de Nantes, les persécutions reprirent. En 1617 le pape déclare le Moyen Poitou et l'Aunis terres de « mission » et envoie des prédicateurs qui, relayés par les dragons du roi, tenteront de réduire au silence « l'hérésie calviniste »[83]. En 1627-1628, une série de réquisitions, des pillages exercés par les troupes de passage, ainsi que des ravages occasionnés par la misère et la famine, affectèrent la région. Le régiment de Champagne s’est ainsi acquis une renommée de cruauté dans les lieux où il était passé « à cause de la grande licence et desbordement des soldats qui sans aulcun respect, pilloient, rançonnoient et battoient ceux chez lesquels ils estoient logés de manière qu’ils estoient contraincts de quitter leurs maisons comme la plupart avoient faict au bourg de Chenay, Sainte-Soline et autres lieux où ils avoient logés... A Chenay… il fut par lesdits soldats mis le feu dans une maison laquelle brusla entièrement » [84]. Par ailleurs, la peste sévit dans la région (y compris à Niort, à St-Maixent et à Celles) en 1630-1632 et fit un grand nombre de morts.

Un arrêt du 29 novembre 1634 fit « défense expresse aux… habitants [calvinistes]… d’Exoudun d’enterrer ou faire enterrer leurs morts au cimetière des catholiques dudit bourg». Un voisinage rapproché d’un temple protestant à une église étant préjudiciable aux cérémonies du culte catholique, un arrêt du tribunal de Poitiers imposa « que les lieux où se fait le presche [protestant] qui se trouvent bâtis dans les cimetières ou si proches des églises que le service divin en peut-être troublé seront démolis ».

La mort de Richelieu occasionna « les troubles de la Fronde », ranimant les passions des deux parties impliquées dans cette guerre civile.[85]  Dès lors, pour avoir le droit d'édifier un temple protestant dans la région, il fallait prouver qu'un temple prédécesseur y existait en 1596-1597. La plupart des temples seront détruits avec les Édits successifs restreignant l'Édit de Nantes. C’est ainsi que le temple de Melle sera détruit en 1644[86].

Nous savons que le suzerain féodal auquel le Seigneur la Martinière devait son allégeance en 1624 aurait été le Marquis de La Mothe, Jehan de Baudéan. S’il était Calviniste, il était également un fervent royaliste qui s’est converti au catholicisme avant à sa mort en 1631 et dont la majorité de la famille s’était déjà convertie depuis 1617[87]. Son fils, Henri de Baudéan, qui le succéda en tant que Marquis de La Mothe jusqu’en 1659, était catholique.

Lorsque Louis de la Rochefoucauld, abbé de St-Jean d’Angély et de la Reau, fut à son tour nommé abbé de Celles en 1634, il obtint un arrêt au Conseil Privé pour déposséder les Barbezières de l’abbaye, mais Jean Filleau en demeura le Sous-Prieur[88] et l’abbé n’a qu’en 1651 définitivement put remplacer les religieux sur place par les chanoines réguliers de la Congrégation de France de l’abbaye de Ste-Geneviève. Si l’abbé Louis de la Rochefoucauld fut remplacé dans ses fonctions en 1654 par son frère Henri, ce dernier ne reçut ses bulles de provision qu’en 1661.

Si des sympathies calvinistes présumées de la famille Gaultier n’auraient pas nécessairement entrainé la perte du fief de La Martinière, l’instabilité chronique de la région ne manqua surement pas d’avoir des conséquences sur le plan économique pour les membres de sa petite noblesse... Nous sommes par ailleurs très tentés de déduire de leurs alliances apparentes aux familles Barbezières, Fillaud et Baudéan[89], une aliénation progressive de Samuel Gaultier de la Martinière du centre de gravité politique de l’abbaye de Celles à partir de l’arrivée sur les lieux de la famille de la Rochefoucauld en 1623[90], vraisemblablement accentuée par le remplacement des religieux de l’abbaye par les chanoines réguliers de Ste-Geneviève en 1651

Mais la difficulté de vivre noblement, et des troubles socio-politico-religieux, auraient-elles réellement, à elles seules, suffi pour que les fils et petit-fils d’un fier Seigneur, même désargenté, cessent de se parer du titre d’écuyer de leur propre gré ?

HILAIRE GOURLATIER, EPOUSE DE GENTILHOMME ?

Si Samuel Gaultier était membre de la petite noblesse du pays Mellois, le choix de son épouse, Hilaire Gourlatier, reflète t’il un choix probable ? A priori, rien ne réfute l’hypothèse. Si un noble peut toujours marier une roturière et maintenir sa qualité, Hilaire Gourlatier semble également appartenir à une petite « famille de nom » du Poitou, aujourd’hui éteinte[91]. Les sources font par exemple état d’une Elisabeth Gourlatier, mariée à Samson du Sauvage, Seigneur de Romefort dans le Saintongeais/Angoumois (à 63km ou 13h à pied au Sud de Celles) avant 1620[92]. Il y a toutefois aussi un Gourlatier qui persécuta les protestants à Niort.[93]

La base de données de « Genealogie.com » contient 23 actes civils contenant le patronyme Gourlatier –tous liés à des individus ayant vécu dans les Deux-Sèvres et tous dans la période de 1650-1730. On y trouve également un acte de mariage d’un Helyes Gourlatier à Celles, fils de Louis Gourlatier et de Jeanne Granet. Helyes est presque assurément le frère d’Hilaire Gourlatier et l’oncle maternel d’Helye Gaultier –ses grands-parents maternels sont donc Louis et Jeanne. Il nous semble par ailleurs, au vue de nos consultations du registre des baptêmes de Celles, qu’un Nicolas, un Antoine et un Olivier Gourlatier y soient cités comme pères d’enfants baptisés dans la paroisse entre 1611 et 1643 et, qu’en 1628, une Susanne Gourlatier y soit citée comme mère. On peut présumer un cousinage entres ces individus et Hilaire Gourlatier…

Dames et Sergents, les quelques rares Gourlatier dont l’occupation est attestée ne comprennent pas de paysans. Il est également fait état d’une Marie « de Gourlat », épouse en 1694 du Sgr. François de Montamat[94]. Il s’agit peut-être d’une variation du patronyme Gourlatier, puisque l’épellation s’en rapproche et que la signification serait identique.

Si toutefois Hilaire n’avait pas été considérée un choix acceptable de femme pour Samuel Gaultier par ses parents (par exemple parce qu’elle serait catholique et les Gaultier protestants ?), Samuel  aurait pu s’en trouver déshérité et même dérogé de sa noblesse. En effet, dans la noblesse rurale du XVI-XVIIème siècles, des conflits liés aux héritages «apparaissent souvent parce que les cadets veulent prendre comme épouse une roturière »[95]. En 1557, selon un édit, les hommes âgés de moins de 30 ans et les femmes âgées de moins de 25 ans qui auraient contracté des unions clandestines peuvent être déshérités. Au début du XVIIème siècle, la pratique de la « sommation respectueuse » s’installe : Il s’agit d’une procédure qui permet aux filles de plus de 25 ans et aux garçons de plus de 30 ans de se passer du consentement de leurs parents à leur mariage. Les mariages clandestins sont ainsi nombreux car les couples se contentent d’un notaire ou d’un curé complaisant pour entendre leur consentement[96].

Il est intéressant de noter que Joachim Vasselot, frère de Jacquette Vasselot épouse de Samuel Gaultier de la Martinière, quitta la religion protestante pour devenir catholique et encouru le couroux de ses frères et de ses plus proches parents, qui le laissèrent dans l’indigence[97]. Est-il possible que (son neveu ?) Samuel, en épousant Hilaire Gourlatier (une catholique) souffrit le même sort ?

Si Samuel Gaultier de la Martinière et Samuel Gaultier (de Celles) sont, comme nous le supposons de plus en plus, parents, nous sommes très tentés de voir, dans l’absence du port du titre d’ « écuyer » par Samuel Gaultier (de Celles) un conflit de famille, un rejet et un début d'obscurcissement…

HELYE GAULTIER, ENGAGÉ D’EXTRACTION NOBLE ?

Plusieurs notables de Celles semblent avoir été présents au baptême d’Helye… Jean Fillaud est le Sous-Prieur de Celles et Commissaire à la cour des Grands-Jours. Philippe Moreau est quant à lui cité en 1644 en tant que parrain de Louis Fontaine (fils d’Anne Boileau), au même titre que Messire Louis de la Rochefoucauld (abbé de Celles, Baron de Verteuil, etc.) et la Damoiselle Louise de Bremond (fille du Seigneur de Céré et de la Dame de la Moujaterie, veuve du Seigneur de St-Laurent, etc.)[98]. Marthe Boileau (sœur présumée d’Anne et d’Helye Boileau) était, en 1645, la femme du notaire de la baronnie de Celles et membre d’une « famille honorable du pays poitevin »[99]. En 1631, une Françoise Gaultier (qui signe l’acte de baptême de son nom) est d’ailleurs la marraine d’un de leurs enfants. Il y a enfin la possibilité que le parrain d’Helye, Jacques Fournier, soit Me J. Fournier, Notaire Royal de Poitiers[100]. Si le père d’Helye, Samuel Gaultier, ne signe pas son acte de baptême, cela est conforme aux mœurs de la Paroisse, où ces actes ne sont systématiquement signés que par les parrains et les clercs[101].

Mais s’il était fils de la petite noblesse, pourquoi Helye Gaultier aurait-il quitté son pays pour « quelques arpents de neige » sur l’Ile d’Orléans, en Nouvelle-France ?

S’il n’existe aujourd’hui aucune trace d’un contrat d’engagement, plusieurs ont néanmoins supposé qu’Helye était un engagé, puisqu’il semble arriver en Nouvelle-France sans famille, sans moyens et sans commission militaire. Rien n’indique la maîtrise par Helye d’un art ou d’un métier particulier. Il est de surcroît peu lettré[102]. Il est cependant habile et fait fructifier ses biens (fonciers et autres)[103]. Il semble donc a priori avoir le profil de l’engagé-devenu-habitant. Mais comment et pourquoi un fils de Celles serait-il devenu un engagé, surtout s’il était issu de sa petite noblesse ? L’exil ou l’émigration entrainait en effet automatiquement la saisie des biens fonciers[104]

Rappelons d’emblée notre présomption d’un début d'obscurcissement de noblesse de certains individus de la famille remontant possiblement au mariage de Samuel Gaultier et d’Hilaire Gourlatier…

Soulignons ensuite l’improbabilité qu’Helye ait été paysan ou défricheur en Nouvelle-France Celles, bourgade abbatiale, était –en ce qui concerne sa population laïque- surtout un centre de commerce et « d’industrie » (c.à.d. des arts et métiers) ; l’Abbaye n’avait que quelques rares métairies et quelques rares personnes aux talents agricoles à son compte. En effet, Selon des descriptions du début du XVIIIème, « Celles est une espèce de petite ville ou bourg ramassé, composé de cent soixante-dix-neuf feux, presque tous de bourgeois et artisans, n’y ayant que dix-neuf dommaines et six moullins ». Sa capitation est alors de 900 âmes[105]. On note aussi que : « Cette paroisse forme un bourg où il y a des ouvriers de toutes les espèces… Comme il y a un marché tous les mercredy, il y a aussy dix habittants qui font le commerce de venir achepter des denrées à Niort qu’ils revendent à ceux qui viennent à ce marché, sept cabarettiers, vingt-deux métairies… trois ou quatre bourgeois… sept moulins… »[106]. Il y a ensuite le problème de l’âge d’Helye –qui n’avait que 14 ans en quittant la France- et n’aurait a priori ni la taille ni la force pour être un défricheur efficace…

Il y a en outre un dernier petit indice possible des origines sociales d’Helye, dans une expression curieuse qu’il emploie dans un acte de vente d’une de ses fermes. En effet, le 4 août 1698, il vend une ferme sur l’Île d`Orléans, avec ce qu’il y désigne comme étant « un méchant corps de logis de vingt pieds de long sur seize pieds de large », pour une somme de 2.700 livres. « Corps de logis » est une expression désignant le bâtiment principal ou central d'un édifice imposant (château, « hôtel », manoir…). Il s’agit d’un bâtiment d’un seul tenant, généralement au sein d’un ensemble de bâtiments, qui regroupe les pièces d’habitation. La plupart des bâtiments de l'époque classique en Europe ainsi que les châteaux du Moyen-âge possèdent un corps de logis. Si ailleurs en France, le « logis » est la partie des bâtiments comportant les appartements des propriétaires, l'expression désigne au Poitou toute « maison forte » ou manoir. Il est permis de se demander si la conception que se fait Helye de sa ferme en Nouvelle-France, et le langage qu’il tient pour la décrire, ne trahissent pas des origines au sein d’une famille ayant détenu en son temps dans le Pays Mellois des biens fonciers et immobiliers d’une certaine envergure…

HELYE GAULTIER, MINEUR SOUS LA TUTELLE DU Sr. JACQUES BILODEAU?

Puisqu’avant que la Nouvelle-France ne devienne une province royale en 1663, les engagés étaient en majorité recrutés par des particuliers[107], soit parce qu’ils exerçaient bien un art ou métier quelconque ou encore parce qu’ils étaient forts et en santé et pouvaient servir de bons défricheurs ou tonneliers, il est possible d’en déduire ce qui suit:

  1. Helye, qui n’avait que 14 ans à son départ de la France vers 1657 et qui n’était vraisemblablement ni paysan, ni défricheur, ni artisan[108], ni encore commis (puisqu’illettré), était probablement domestique –présomption d’autant plus probante s’il avait été élevé avec les manières de la petite noblesse[109] et lorsque l’on considère sa relation avec Marguerite-Cécile Perrault[110].
  2. Helye, comme la très grande majorité des engagés d’avant 1663, n’avait probablement nullement l’intention de demeurer en Nouvelle-France à son départ.[111]
  3. Un lien préexistant quelconque devait exister entre Helye et une personne notable dans son entourage en Nouvelle-France, financièrement capable de l’avoir engagé ou de s’être occupé de ses besoins matériels. Même sans contrat d’engagement, il est ainsi peut-être possible d’hasarder quelques hypothèses à ce sujet…

La marraine de Marguerite, une des filles d’Helye, était la damoiselle Marie Magdeleine Sevestre, « espouze de noble homme Louys de Niort sieur de Lanoray »[1], également présente lors du mariage de ladite Marguerite en 1686. Le Sieur Louis de Niort de Lanoraye, fils de Charles de Niort et Marie Bauger (ou Baucher), est né vers 1639 à paroisse de Saint-Saturnin (aujourd’hui Saint-Maixent-de-Beugné, Deux-Sèvres : -à 46 km ou 9.5 heures à pied au Nord-est de Celles). Son aïeul, Charles de Niort, avait été lieutenant du prévôt des marchands, dans la troupe du capitaine Molonnière à St-Rémy (banlieue du Nord de Niort), en 1574[2]. Le fief de La Noraye à Autray, qui lui fut octroyée en 1672 par l'intendant Talon, n’était pas situé sur l’Ile d’Orléans, mais plutôt sur la cote nord du St-Laurent, dans la région de Trois-Rivières. Les Lanoraye n’auraient donc jamais été les seigneurs des Gaultier sur l’Ile d’Orléans, même s’ils y vécurent à partir de 1681. On peut dès lors se demander comment une telle famille se serait liée d’amitié avec des paysans « habitants ». La famille de Lanoraye aurait peut-être pu connaitre la famille Gaultier à Niort ? Lanoraye aurait-il ensuite cherché à s’entourer d’amis poitevins une fois au Canada ? On dit en effet de Lanoraye qu’il faisait partie des officiers du régiment de Carignan qui auraient préféré ne jamais mettre le pied sur le sol de la Nouvelle-France. Encore une fois, Helye aurait cependant été le premier des deux à mettre pied en Nouvelle-France, car Lanoraye n’y arriva qu’en 1665[3].

Il existe toutefois un autre candidat intéressant… Le Sieur Jacques Bilodeau (Billaudeaux, Billaudeau) est présent au mariage d’Helye et de son épouse Marguerite Moitié en 1663[4]. Un des « voisins » d’Helye à Ste-Famille, il apparait de nouveau sur l’acte de promesse en mariage de Marguerite (fille d’Helye) à son futur époux Jean Dubreil, préparé par le notaire royal Paul Vachon en juillet 1686[5]. Bilodeau y est décrit comme étant un « parent et ami ». Bilodeau est enfin témoin aux obsèques et à l’enterrement d’Helye[6].

Né entre 1628 et 1631 à Pioussay dans les Deux-Sèvres (à moins de 30km au sud-est de Celles), Bilodeau s’est rendu en Nouvelle-France en 1652 en compagnie du Chev. Charles Lauson, Sgr. de Charny –un autre Poitevin, éventuellement Gouverneur et Lieutenant-général du Roi pour la Nouvelle-France[7].

Il est le fils de Pierre Bilodeau et d’une certaine Jeanne Fleury. Beauchet-Filleau note la présence au Poitou depuis le XIVème siècle d’une famille Fleury d’ancienne extraction, originaire du Comté de Civray. La famille est également présente à Niort, où l’on trouve une pierre avec leur blason familial exposée au musée municipal. Plus intéressant, la famille Fleury a des liens avec la famille Barbezières qui tenaient Celles, ainsi qu’avec la famille Thibault présente sur l’Enclave. Un Artus de Fleury, Ec., servit par exemple comme capitaine d’une cinquantaine d’hommes sous les ordres de François de la Barbezières en 1581. Du vécu de Bilodeau, un Gabriel de Fleury, Ec., épousa en premier mariage la fille de Jeanne Thibault en 1659 et comme seconde épouse une demoiselle qui fut plus tard attestée comme Dame de la Miséricorde à Niort en 1686[8]. Enfin, vers la fin du XVIIème siècle, une Catherine Fleury est citée comme épouse de Gabriel Vasselot, Sgr. de Régné est cité comme époux de, à St-Maixent[9]. Nous rappelons ici au lecteur le fait que l’épouse de Samuel Gaultier de la Martinière est issue de cette même famille Vasselot –ayant des relations avec les Fleury, et tout comme eux avec les Gaultier et les Thibault.

On décrit Bilodeau comme étant « un des hommes de M. Charny » et il l’accompagna effectivement sur le même navire, lors du premier voyage de Charny en Nouvelle-France. S’étant au départ installé à Québec, le Sgr. de Charny lui octroya en 1656 une concession de 128 arpents à Ste-Famille dans sa Seigneurie de Lirec sur l’Ile d’Orléans. Manifestement un personnage bien introduit, Bilodeau épousa Geneviève Deslongchamps dans la maison même du Sgr. Jean Jucherau de la Ferté, membre du Conseil Souverain. Bien qu’il ne savait ni lire ni écrire, c’était aussi un homme ayant certains moyens. En plus de sa concession à Lirec, Bilodeau avait un terrain dans la Seigneurie de St-François de Sales à Argentay, un pied-à-terre à Québec, un partenariat de pêche avec les Sieurs Beaudoin et Labonté, ainsi qu’un autre partenariat de chasse et de pêche (il est donc impliqué à la traite des fourrures) avec un marchand de Québec (Antoine Caddé) et le Seigneur de la Rivière-de-la-Madeleine. Dès 1656, les actes notariaux et les recensements font état d’au moins 3-4 domestiques engagés venus en Nouvelle-France aux dépens de Bilodeau –les frais associés à ces engagés ayant été payés entièrement en avance par Bilodeau[10]. En 1666, il signa une entente avec le diocèse de Québec pour un droit de passage pour ses troupeaux de bovins en échange d’une contribution à l’entretien du Chemin du Moulin de l’Ile d’Orléans. En dépit de ses moyens pécuniaires, il ne peut pas signer[11].

Bilodeau est peut-être (comme cela semble également être le cas de plusieurs individus au sein des familles Vasselot et Gaultier) huguenot, puisqu’il n’a été confirmé qu’en 1660 à Château-Richer, entre les âges de 29 et 32 ans.

Etant donné leurs relations proches en Nouvelle-France, leur origine Melloise commune et les autres éléments de rattachement, on peut se demander si Bilodeau n’aurait pas également pu être la personne responsable de le l’arrivée d’Helye en Nouvelle-France… Il aurait par exemple pu connaitre Samuel, le père d’Helye, par affaires ou par des contacts entre leurs familles à St-Maixent, ou encore à Niort, à Civray ou à Poitiers …

Les éléments au dossier nous permettent d’émettre une série d’hypothèses sur les motifs du départ d’Helye…

1)     Helye est un fils cadet (peut-être même d’une seconde famille) de Samuel. Vu les difficultés politico-économiques qu’affronte la famille, il n’y a plus de biens fonciers ou pécuniaires à lui léguer, et on ne peut lui offrir de commission militaire ni d’éducation cléricale[12] ;

2)      Samuel a perdu son héritage et a été contraint de se recycler en marchand de fourrures auprès de l’Abbaye et des bourgeois de la bourgade de Celles ou encore en tant que marchand de voiles aux armateurs de La Rochelle (le parrain de son fils ainé Jacques, tel qu'attesté sur son acte de baptême, est un certain Jacques Maché, maître-tisserand). Si Celles est situé à 73km (soit 16.5h à pied) de La Rochelle, Niort n’est qu’à 21.3 km (soit 4.5h à pied) de Celles et la source principale des vivres vendus à son marché chaque mercredi au XVIIème. Le port de Niort, au bord de la Sèvre niortaise, accueillait à cette époque déjà le commerce des peaux et des fourrures en provenance du Canada où de nombreux poitevins s’installaient. Samuel met Helye en contact avec ses fournisseurs à Niort (Bilodeau ?) ou ses clients à La Rochelle. Helye se rend ensuite à Québec sous leur charge… ;

3)   Samuel, dont la famille sympathise avec les protestants depuis bien des années[13] s’est ouvertement affiché en tant que catholique et est déshérité. Helye quitte Celles pour la Nouvelle-France en vue de reconstituer l’honneur et la fortune familiale. Nous nous devons de signaler les fait suivants eu égard à cette dernière hypothèse (que nous privilégions) :

a)      Helye est baptisé à Notre-Dame de Celles, un site abbatial important et un bastion du catholicisme, sans temple calviniste, dans cette région pourtant majoritairement ouvertement protestante depuis l’Edit de Nantes[14].[15].

b)      Helye est d’une bourgade de campagne à quelques 60km du siège de l’Evêché de Poitiers, à une époque où les confirmations ne se faisaient que par l’Evêque lui-même, et n’a que 14 ans à l’époque de sa migration –pas du tout d’un âge avancé lors de sa confirmation éventuelle à l’âge de 17 ans en Nouvelle-France, de par les mœurs de l’époque.

c)       Il n’y a aucun document d’abjuration dans le dossier historique concernant Helye.

d)      Helye est éventuellement reçu, une fois en Nouvelle-France, dans la confrérie du scapulaire du Mont Carmel[16] et dans la confrérie de la Sainte-Famille, à une époque où l’accès à de telles confréries était ardu et assimilable à l’entrée dans un Tiers-Ordre.

HELYE GAULTIER, NOBLE ANALPHABETE ?

Il est peut-être important de signaler, afin que le lecteur du XXIème siècle le comprenne, que l’ « analphabétisme » d’Helye ne réfute en rien la possibilité qu’il soit issu de la petite noblesse du pays Mellois...

On sait qu’Helye quitta la France à l’âge de 14 ans, alors que les enfants avaient du mal à manier la plume d'oie employée aux lettres à l’époque étant donné la grande dextérité manuelle exigée tant pour la tailler et la fendre que pour écrire. Bien que les réformes luthériennes et calvinistes provoquent au Poitou une lutte d'influence acharnée entre catholiques et protestants qui forceront éventuellement les chevaliers bagarreurs et souvent illettrés à se muer en officiers instruits et disciplinés[17], ces changements n’étaient que récemment engagés du vécu d’Helye. Et ils seront loin d’affecter toute la noblesse… Passeron signale que, même au XVIII-XIXème siècles, puisque la noblesse « est  de droit divin, on est donc noble grâce à dieu, ce n’est pas du à l’école ;  il y a des nobles analphabètes ».[18] Jusqu’en 1789, la noblesse continue en effet d’être un ordre très divers. Le royaume de France est le pays le plus peuplé d'Europe avec 28 millions d'habitants et sa Noblesse, même si elle ne représente que 2% de la population, se compose d'environ 25.000 familles, soit 300.000-400.000 personnes. Les Grands ne représentent que 250 familles, soit 1% de l'ensemble des membres de l'ordre. Vient ensuite la noblesse provinciale d'épée ou de robe qui vit très aisément dans ses châteaux ou ses salons particuliers en ville. Mais vient enfin la petite noblesse ; gentilhomme et seigneurs possédant des droits leur permettant d'augmenter leurs revenus[19], « majoritaire, analphabète, ignorante, qui mène une vie difficile et besogneuse »[20]. Il y a d’ailleurs près de mille fiefs-nobles au Poitou à cette époque[21]. Comme le résume Gautier le Chartiste, « Le jeune noble… savait-il lire et écrire ?... L’opinion qui conclut en faveur de cette ignorance est à peu près générale, et il est hors de doute qu’un certain nombre de chevaliers ne savaient pas les lettres »[22].

Mais, on se doit de noter que le notaire Vachon signale uniquement qu’Helye de sait « ni écrire, ni signer », et non pas qu’il ne sait pas lire…

L’augmentation des lettres en Europe de l’Ouest a été associée à l’urbanisation, ainsi qu’à la croissance des métiers et de la bourgeoisie, mais non pas à la noblesse campagnarde. Les monastères français n’acceptaient par exemple que rarement les fils de nobles pour y être éduqués à moins qu’ils ne soient destinés aux ordres sacrés.  Si les grands nobles et les princes étaient souvent tout de même lettrés, les lettres n’augmentèrent dans la noblesse chevaleresque et campagnarde qu’avec le déclin du Latin[23]. Or, tels que l’attestent les actes civils de Celles du milieu du XVIIème siècle, le français n’y était pas encore fermement ancré comme langue administrative.

Ceci n’implique toutefois pas un analphabétisme complet des membres de la petite noblesse campagnarde. Notons tout d’abord que « Les femmes des classes élevées… sont généralement plus instruites que les hommes »[24]. En effet, les filles des seigneurs savaient souvent lire, écrire et balbutier quelques mots de latin alors que leurs frères étaient souvent « illettrés »[25]. C’est ainsi que nous ne devons pas être surpris de retrouver à Celles des actes de baptême signés par une Françoise Gaultier (1631) et une Marie Gaultier (1632 et 1636), vraisemblablement sœurs ou cousines de Samuel Gaultier…

Par ailleurs, les petits châtelains, ne devant que s’occuper de petite comptabilité et de la lecture d’actes notariés,  pouvaient plus souvent lire qu’écrire. En effet, les capacités de lire et d’écrire n’étaient pas encore aussi liées qu’elles le sont aujourd’hui.  Pouvoir écrire était considéré un art spécialisé, tel que le démontre Eginhard dans son récit des vaines tentatives de Charlemagne d’écrire bien après qu’il eut appris à lire[26]. Ces « lecteurs pratiques » n’étaient pas considérés lettrés, étant au contraire souvent décrit comme étant des « illitterati »[27].

CIRCONSTANCES DE CELLES, DE LA NOUVELLE-FRANCE ET D’HELYE EN 1660, ET LEUR IMPACT SUR TOUTE DECISION EVENTUELLE DE RAPATRIEMENT

Est-il est raisonnable de présumer qu’une fois son contrat d’engagement terminé, les circonstances d’une vie roturière en Nouvelle-France auraient pu lui paraitre suffisamment favorables pour qu’il se décide à y rester ? Nous analyserons à ces fins quelques facteurs affectant nécessairement affecté décision d’Helye concernant la possibilité de son retour à Celles vers 1660, à la fin de son contrat d’engagement :

1)      Conditions politico-économiques à Celles en 1660 : Ce n’est en 1669-1682 que l’on reconstruisit l’abbaye de Celles, saquée un siècle plus tôt, et qu’on y institua un cours de théologie[28]. Loin d’être à son apogée, le bourg de Celles était, en 1643-1660, plutôt aux prises avec une grande querelle concernant son contrôle, favorisant la famille de la Rochefoucauld aux dépens de la famille Barbezières et de ses alliés. L’abbaye resta par ailleurs dans un état délabré sur toute la période.

2)      Conditions économiques en Nouvelle-France : À la fin de leur contrat, les engagés pouvaient se faire concéder une terre en Nouvelle-France ou retourner dans la métropole française. Une terre à soi à travailler aurait pu intéresser un fils de la petite noblesse campagnarde en voie de d'obscurcissement, puisque cette activité était considérée socialement acceptable[29].

En effet, tel noté par Eccles « Le système foncier seigneurial en vigueur au Canada, qui avait été conçu pour que le plus grand nombre de terres soient cultivées aussi rapidement que possible -- ce à quoi veillaient étroitement les autorités -- garantissait jusqu'à 200 acres de terrain à toute famille disposée à travailler contre le paiement d'une redevance minime au seigneur: celle-ci ne s'élevait qu'à 10 ou 15% du produit de la ferme. De plus, la dîme à payer à l'église ne correspondait qu'au vingt-sixième de la production de blé, soit la moitié du taux en cours dans le nord de la France. Les habitants avaient la permission de chasser et de pêcher sur leur terre, disposaient d'amples provisions de bois de chauffage et, en acquittant un droit minime, pouvaient faire paître leur bétail sur le pré communal de la seigneurie. Certains seigneurs ne se préoccupaient guère de prélever ces droits, jugeant que cela n'en valait pas la peine. Un autre facteur a favorisé l'indépendance financière et l'aisance relative des Canadiens: l'absence de taxes dans la colonie. Tandis qu'en France impôts et redevances de toutes sortes privaient le paysan de 10 à 50% de son revenu, les seules taxes perçues au Canada étaient les droits d'importation sur le vin, les spiritueux et le tabac ainsi que les droits d'importation sur les peaux de castor et d'orignal… Les autorités estimaient qu'il était hors de question d'exiger des Canadiens le paiement d'impôts directs puisqu'ils devaient déjà accomplir leur service militaire et s'exposer à de graves périls dans les guerres coloniales. »

Par ailleurs, « le nombre de chevaux était excessif: en effet, tous les hommes et les jeunes garçons possédaient leur propre monture, non pour travailler la terre mais pour leur bon plaisir. Le gouverneur et l'intendant se plaignaient que ces chevaux mangeaient le fourrage qui aurait pu permettre d'élever davantage de bestiaux. Une telle chose ne se serait jamais vue en Europe, où les paysans les plus riches ne possédaient même pas un cheval de somme. C'était là un autre signe de la richesse canadienne. À tout bien considérer, l' ‘habitant’ canadien jouissait d'un niveau de vie plus élevé que la grande majorité des Européens. Il était mieux logé, mieux vêtu et mieux nourri. Tandis que la plupart des Européens se couchaient l'hiver, en grelottant et le ventre vide car ils ne se nourrissaient que de gros pain et de soupe de légumes, les Canadiens disposaient, quant à eux, d'amples provisions de viande, de poisson, de lait, de beurre, de fruits et de légumes frais en saison, et chacun consommait tous les jours une livre et demie de pain nourrissant fait au blé. »

Enfin, « Les familles qui le désiraient avaient… la possibilité d'envoyer leurs enfants à l'école. À Québec, les jeunes garçons pouvaient faire leurs études élémentaires au Petit Séminaire… On espérait les voir se diriger vers le sacerdoce, mais peu d'entre eux prenaient cette voie. Au Collège de Québec, les Jésuites donnaient un cours plus avancé; ils avaient également mis sur pied une école d'hydrographie pour former les pilotes et les navigateurs. Une école de droit fut, par la suite, créée afin de former d'éventuels juges; mais, lorsqu'il s'agissait de recevoir une formation plus poussée, les candidats devaient suivre les cours de la Sorbonne, puis se faire admettre au barreau de Paris. Les jeunes filles faisaient leurs études chez les Ursulines, qui s'appliquaient à leur enseigner les bonnes manières et le bon maintien en société. Il arrivait souvent que la femme soit la seule personne instruite de la famille. Dans les régions rurales, les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame tenaient des écoles de filles tandis que les prêtres de paroisse dispensaient un enseignement rudimentaire aux fils d'habitants… Les garçons qui persévéraient et qui étaient suffisamment doués suivaient chez les Jésuites le même cours que s'ils avaient étudié en Europe. »[30] De résumer le Baron de La Hontan, la Nouvelle-France serait pour certains français de l’époque tel le baron : « le plus beau, le plus riche et le plus fertile royaume du monde »[31].

3)     Conditions sociales en Nouvelle-France : S’il était fils puîné ou cadet d’une famille désargentée et peut-être même en voie de dérogeance, ayant débarqué  en tant que mineur sans commission militaire et en qualité de valet, il serait aisé de comprendre que le jeune Helye n’ait pas, en Nouvelle-France, insisté sur ses propres antécédents familiaux. Il aurait peut-être trouvé en Nouvelle-France quelque chose de familier. En effet, selon Eccles : « L'Armée a beaucoup contribué à enraciner [un] comportement aristocratique dans la colonie… et tous les hommes âgés de 16 à 60 ans devaient servir dans la milice. La considération accordée à un homme provenait davantage de sa valeur militaire que de sa richesse matérielle… La situation géographique favorisait, elle aussi, cet esprit d'indépendance… Quelques centaines de verges séparaient les maisons… La ferme de l’ ‘habitant’ constituait presque une entité économique indépendante et autarcique. » [32] Le Baron de La Hontan s’exprime ainsi sur le sujet : « Les Canadiens… sont… entreprenants, braves et infatigables ; il ne leur manque que la connaissance des belles-lettres. Ils sont présomptueux et remplis d’eux-mêmes, s’estimant au dessus de toutes les nations de la terre. »[33] Enfin, « Entre 1627 et 1663, la population du Canada passa de 100 habitants à quelque 2500… Certaines provinces jouèrent un rôle prépondérant »[34]. 21,3 % de l'immigration fondatrice provenait en effet de la région aujourd’hui appelée Poitou-Charentes[35].

Comme le signalent certains auteurs, les membres de la petite noblesse auraient été parmi les rares migrants en Nouvelle-France qui auraient eu une raison réelle d’y rester, puisqu’ils y avaient la possibilité de gagner en privilèges et en statut, alors qu’en général les artisans, les bourgeois et les grands nobles de la France n’ont soit jamais débarqué en Nouvelle-France ou sont retournés dans leur pays natal[36].

Si les intentions d’Helye étaient de tenter de préserver l’honneur de la famille et de reconstituer sa fortune et sa condition, il semble avoir au moins en partie gagné son pari. En effet, Marie-Anne Gautier, la fille d’Helye, épouse par exemple Jacques Lesourd, soldat de la compagnie de Sieur Jacques DeNoré Dumesnil, vraisemblablement lui-même gentilhomme issu de la petite noblesse campagnarde[37]. Helye est par ailleurs, dans tous les grands moments de sa vie, proche des notables de Québec, y compris du Sr. de St-Marc, du Sr. de la Grange, de Me. le Sr. Jacques Bourdon (procureur général du Roy) et de la Demoiselle Boisendré (lors de son mariage à une « fille du Roy », fille d'un Sergent Royal), de Mgr. Laval (lors de sa confirmation et de sa réception dans la confrérie du Mt-Carmel), du Sr. Bilodeau (à tout moment), du Sgr. de Lanoraie (lors du bapteme de sa fille), etc.

4)     Fiançailles à des demoiselles de qualité : Helye signa, en 1660, un contrat de mariage avec Marguerite Perrault, une « fille à marier » selon l’expression consacrée. Vraisemblablement fille de militaire[38], elle était probablement la domestique d’un seigneur ou d’un maitre-artisan et, en plus de le servir, servait probablement également ses engagés (dont Helye). Puisque la population de la Nouvelle-France en 1660 n’atteignait pas encore 2000 âmes, et que 82% des immigrants entre 1632 et 1662 étaient des hommes, ces filles avaient énormément de choix dans l’homme qu’elle épousait[39]. Helye aurait donc eu en 1660 la possibilité d’épouser une fille possédant présumément à la fois une lignée respectable et de grands atouts.

Si ce contrat de mariage fut rompu pour des raisons qui nous demeurent inconnues, la politique des « filles du Roy » fut instituée en 1663. Marguerite Moitié, fille d’un sergent royal de La Rochelle, semble encore une fois provenir de la même couche sociale qu’Helye. Le baptême de Marguerite est inscrit dans les registres catholiques de l'Église Saint-Barthélemy à La Rochelle. Elle est la fille de Jacques Moitié, sergent de police, baptisée le lundi, 29 janvier 1646. Son parrain était monsieur Pierre Gresseau, avocat au parlement et siège présidial de La Rochelle et sa marraine Demoiselle Marguerite Gatet, fille de Monsieur Jacques Gatet, conseiller du Roi et juge magistrat de La Rochelle[40]. Tel noté par certains : « ces femmes paraissaient en général ‘assez délicates’, ‘peu robustes’ et ‘élevées en vue du service des grandes dames’. Ces futures épousées étaient en réalité des orphelines élevées par des religieuses aux frais du roi dans les grands couvents et les Maisons d'éducation de Paris, Dieppe, Honfleur et La Rochelle »[41]. Seulement 1/7ème  des filles du Roy étaient issues de cette l’ « élite modeste » qui comprenait les filles de fonctionnaires et de militaires, telles Marguerite Moitié. Encore une fois, de telles épouses auraient été des perles rares[42].

CONCLUSIONS
En fin d’analyse, les informations géographiques, généalogiques, historiques, socio-économiques, onomastiques, démographiques et juridiques au dossier tendent à renforcer la présomption d’une filiation entre les deux porteurs simultanés du nom Samuel Gaultier du pays Mellois cités en début d’étude. Lesdits faits au dossier tendent par ailleurs à démontrer que la famille Gaultier résidant à Celles dont est issue Helye Gaultier est une branche d’une famille repérée de la petite-noblesse campagnarde poitevine, bien que ladite branche aie probablement été en voie d'obscurcissement au moment de la naissance d’Helye. Prises ensemble les informations recueillies nous permettent néanmoins d’établir un arbre d’ascendance agnatique d’Helye Gaultier, au sein duquel les relations de filiation exactes demeurent toutefois imprécises…


 

 

[1] Aujourd’hui Celles-sur-Belle, dans les Deux-Sèvres, en Poitou-Charentes.

[2] Fichier d’origine No. 241721; Abbé Cyprien Tanguay, Dictionnaire Généalogique des Familles Canadiennes, Vol. 1 (1871) ; Marcel GAUTHIER, « Du Nouveau au Sujet de Joseph Elie GAUTHIER », L'Ancêtre, Vol. 20, pp. 141-142 . Transcription de l’acte de baptême: « Le onzième jour d`octobre mil six cent quarante trois a esté baptisé Helye fils de Samuel Gaultier et Hilaire Gourlatier ses pères et mère ont esté parrain et marraine Helye Boileau et Jeanne Marché tous de cette paroisse par moi ; h Boislaus (paraphe) J. Fillaud curé de Celles ; C. Philyppe moreau (par.) Jacques Fournier (par.) ». (Source: Revue des Mémoires de la Société Généalogique Canadienne-Française, volume 44, no.4, hiver 1993 ; Michel Langlois, Biographie des Ancêtres Québécois 1608-1700, Tome II ; registres de la mairie de Celles-sur-Belle).

[3] La graphie « Gaultier » du patronyme de la famille demeura inchangée en Nouvelle-France pour près d’un siècle, subsistant de l’arrivée d’Hélye en 1657 jusqu’en 1741. L’acte de baptême de Joseph Gaultier en 1716 démontre par exemple que la graphie est toujours la même à cette date. En 1741, la graphie est altérée une première fois et devient « Gautier ». Ce n’est que lors du mariage de Joseph Gauthier en 1765 que le patronyme prend sa forme plus récente de « Gauthier » (voir, à ce titre, les documents du PRDH à l’Université de Montréal, www.genealogy.umontreal.ca).

[7]  Mais aucun sous la graphie « Gauthier » avant le 18ème siècle et que très peu sous la graphie « Gautier » avant 1650 –ces derniers étant, dans la région circonvoisine de Celles, presque entièrement des protestants à Niort et à St-Maixent. Voir notre analyse des actes civils et cartulaires, infra, à ce sujet.

[8] Dont Melle, la Mothe, St-Maixent, Brûlain et Xaintray. Voir notre analyse des actes civils et cartulaires, infra, à ce sujet.

[10] Voir notre discussion détaillée de Samuel Gaultier de la Martinière, infra, pour de plus amples informations sur Jacquette Vasselot et la famille illustre du pays Mellois dont elle est issue.

[12] Robert Larin, « Engagés pour le Canada à Dieppe » L'Ancêtre, Bulletin de la Société de généalogie de Québec, vol. 25, nos 5 et 6 (février-mars 1999), p. 163-172


[13]
INED, www.ined.fr/fr/tout_savoir_population/fiches_pedagogiques/duree_de_vie_deces_mortalite; Louis Roussel et Alain Girard, « Régimes démographiques et âges de la vie », dans Actes du VIIe colloque national de démographie, Strasbourg -mai 1982, Tome I, Presses universitaires de France, p. 15

[14] L’âge moyen du premier mariage chez les nobles en France au XVIIème siècle est de 23-24 ans (Laurent Bourquin, « Les cadets dans la noblesse rurale, XVIème-XVIIIème siècle » dans Séminaire 2008-2009 de la Maison de la Recherche en Sciences Humaines de Caen (2008), p. 1. L’âge moyen des filles à marier en Nouvelle-France, entre 1634 et 1662 était semblablement de 22-23 ans Peter J. Gagné, Before the King’s Daughters : The Filles à Marier, 1634-1662, Quintin, 2002, p. 37).

[16] Un Samuel « Gautier » (nous soulignons la différence de la graphie) est né dans la région de Breloux-la-Crèche en 1646, soit après la naissance d’Helye Gaultier, et à une certain distance, ne pouvant donc être son père.


[17]
Etude CNRS-INRA du Pr. Dupâquier, cité dans Marie-Odile Mergnac (Ed.), la collection « Les noms de famille en France », Archives & Culture, Paris, 1998

[18] Georges Duby, « Le lignage aristocratique », Edition de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales, 1979, reproduit dans La société chevaleresque, Flammarion, 1988, p. 89 [Nos italiques].

[19] Dans les Province du Maine, de Touraine, d’Anjou, de la Haute-Bretagne, du Berry et du Poitou.

[20] Le nombre de Gaultier au Poitou est néanmoins inférieur à leur poids historique sur la rive droite de la Loire. Dans la région qui constituait anciennement la province d’Anjou, il y a des actes de baptême Gaultier remontant jusqu’en 1501 (par exemple à St-Lambert-du-Lattay et à Avrillé). Il y existe aussi d’anciennes armoiries de familles portant ce patronyme. C’est également le cas en Haute-Bretagne (par exemple à Avretz, Boivron, La Chapelle-Glain, Amadis, Izé, La Mézière, Langan, Montfort-sur-Meu et Rannée). L’onomastique place d’ailleurs l’origine du nom Gaultier en Ille-et-Villaine, dans la Haute-Bretagne (Mémodoc, Les noms de famille en Bretagne: histoires et anecdotes, Réf. NFBR, 1998).

[22] « genealogie.com » ne recense que 371 naissances Gaultier/Gauthier/Gautier au Poitou entre 1891 et 1915.

[23] Etude CNRS-INRA du Pr. Dupâquier, cité dans Marie-Odile Mergnac (Ed.), la collection « Les noms de famille en France », Archives & Culture, Paris, 1998

[24] Tous les noms présentés sont tirés de : Beauchet-Filleau et des actes civils du Département des Deux-Sèvres.

[25] Y compris Prahecq, Aigonnay, Mougon, Prailles, Thorigné, Fressines, La Mouline, Triou, Montaillon, Vitré, Ste-Blandine, Rabelet, St-Médard, Tauché, Le Bouchet, Viré, Bonneuil, Le Luc, Croué, Montigné, Ste-Rue, La Rue, Saumon et Negressauve.

[27] Un dénommé « Gautier le Poitevin » est signalé, en 1066 aux rôles de la Falaise, parmi les paires de Guillaume le Conquérant. Il pourrait être de la même famille.

[28] Les Ramnulfides succédèrent quant à eux au IXème siècle à la dynastie des Guilhelmides, ainsi qu’aux comtes Richwin et Abbon, et aux comtes Hunaldides du VIIIème siècle (Source : Charles Cawley, Foundation for Medieval Genealogy, 2000-2010). Vu les contributions de Guilhem VII à l’administration Poitevine (entre autre avec la création d'agents forestiers), il est également intéressant de noter une thèse minoritaire selon laquelle le patronyme Gautier pourrait aussi avoir comme étymologie le mot « Gaud », signifiant en ancien français « bois, petite forêt », lui même venant du germanique, Wald. Gaultier aurait signifié « maître de la forêt ».

[29] « Clovis, modeste roi des francs », http://pagesperso-orange.fr/jean-francois.mangin/merovingiens; « Clovis et les Wisigoths », http://duguesclin.free.fr/merovingien; « Les conquêtes de Clovis », http://users.swing.be/yvannimmen/index_files/ConqClovFi.htm; « La bataille de Vouillé », http://users.skynet.be/grandes_batailles; « Clovis Ier »,  www.france-pittoresque.com/rois-france.

[30] Marion Dexter Learned, The Saga of Walther of Aquitaine, 1892, Baltimore, Modern Language Association of America

[31] En 1470, un Louis Gaultier est cité en tant qu’homme d’armes de la Compagnie du Crussol lors d’une revue à Poitiers. En 1474, Jean, Guillaume, Philibert, Louis et Michau Gaultier passent en revue en tant qu’archers du Poitou. Michau Gaultier, de Poitiers, présente un archer à sa place à l’arrière-ban du Poitou de 1477. En 1531, René Gaultier, Sgr. de la Bobinière, est exécuté à Poitiers. En 1568, un Denys Gaultier, contrôleur extraordinaire des guerres, passe revue à Poitiers. Enfin 1572, Françoise Gaultier fait à Poitiers une donation à son mari, le Sgr. de la Bussières. De plus, presqu’une vingtaine d’autres Gaultier, appartenant principalement à deux familles, sont cités comme y vivant avant le XVIIème –ils y sont plus de quatre-vingt du vécu de Samuel et d’Helye. Ces citadins sont, de profession, presque tous des juristes, docteurs, professeurs, prêtres, bourgeois, commis et assesseurs/receveurs.

[32] Plus au Nord, dans la région de Parthenay, en 1450, un Jean Gaultier fait aveu du fief de Corbin à Boismé (à 68km au Nord ou 15h à pied de Celles, dans la région de Bressuire). En 1467, Jean Gaultier est cité en tant que brigandinier (armurier) du Sgr. de Bressuire. En 1474, il est cité en tant que lieutenant de la Compagnie de Guyneuf des archers du Poitou. En 1572, René Gaultier est attesté comme étant feu Seigneur du Fresne (à 57km ou 12h à pied au Nord de Celles). En 1590, un Jacques Gaultier, est attesté en tant que Sgr. de La Lande (à 54.7km ou 11h à pied au Nord de Celles). En 1594, encore un autre Jean Gaultier, gentilhomme, servait comme chevau-léger dans une montre passée en revue à Parthenay. Les registres de Parthenay comprennent par ailleurs l’acte de baptême de René Gaultier (1590), fils d’un Pierre Gaultier ; l’acte de mariage de Varenne Gaultier au Maréchal de Parthenay (1600), l’acte de décès d’un Jehan Gaultier (1601), l’acte de baptême d’une Michelle Gaultier (1612), les actes de baptême des deux enfants d’un Félix Gaultier (1621-1630), l’acte de décès d’un Benoist Gaultier (1627), les actes de baptême des trois enfants d’un Louis Gaultier (1632-1639), marié en 1631 et fils d’un Abraham Gaultier, ainsi que les actes de baptême de quatre filles d’un André Gaultier (1638-1646).

[33] Le registre des baptêmes de Xaintray au début du XVIIème nous révèle qu’un Simon Gaultier y fit baptiser des enfants en 1621-1636 ; un Rolland Gaultier en 1633-1636 ; un Jean Gaultier en 1633-1640 ; un Charles Gaultier en 1634 ; un Jacques Gaultier en 1634-1635 ; et un Louis Gaultier en 1644-1646.

[34] Ste-Éanne, qui se trouve en Haut Val-de-Sèvres, au Sud-ouest de St-Maixent, et possédait une population de 600 âmes en 1999, aurait fait partie de la Visconté de Melle, fief vassal au Duché de Poitiers, au début du XVIIème siècle.

[35] Allonnes faisait partie de l'archiprêtré de Saint-Maixent et de l'élection de Niort (Source : « Allonnes », Histoire-Généalogie, http://www.geneallonne.free.fr).

[36] Beauchet-Filleau, pp. 787-789

[37] Un Jean Gaultier eut comme enfants Françoise, Jacques, Anne, Catherine et Madeleine (1622-1629). Une Esther Gaultier est née en 1623, fille d’un François Gaultier et filleule d’un Nicolas Gaultier. Un Daniel Gaultier eut comme enfants Daniel II, Jacques, Marguerite, François, Jeanne et Pierre (1624-1635). Un Pierre Gaultier eut comme enfants Pierre II, Jeanne, Marie, Jean, Pierre III, Suzanne et Etienne (1629-1636). Un Isaac Gaultier eut comme enfants Isaac II, Abraham et Olivier (1632-1636). Les marraines de ces enfants comprennent une Marie et une Suzanne Gaultier. Sur le médecin et théologien Sr. Abraham Gaultier et sa famille, y compris sa mère Catherine Bernier, son oncle le marchand Isaac Gaultier, son père le maitre orfèvre Abraham Gaultier, ses sœurs Elizabeth (mariée au marchand Jean Maignan –possiblement devenu plus tard écuyer, Sr. D’Aille, Lieutenant-Général du Sénéchal de Niort, selon: Léopold Favre, Histoire de la ville de Niort jusqu’en 1789, 1889, pp. 125 et 203), Marie et Catherine, ainsi que son épouse Jacquette Fraigneau, d’Exoudun (Sources : Olivier Block, Précisions sur le médecin Gaultier et ‘La réponse en forme de dissertation à un théologien’ (1994) ; Léopold Favre, Histoire de la ville de Niort jusqu’en 1789, 1889, pp. 125 et 203 ; et Isabelle Sagot-Schnapper, Minutes de notaires conservées aux Archives des Deux-Sèvres, Société Historique et Scientifique des Deux-Sèvres, Niort). Notons qu’il s’agit probablement de parents de Samuel Gaultier de la Martinière, puisqu’il est lui-même le petit fils d’une Barbe Maignen et qu’elle est attestée à Niort avec son grand-père. Par ailleurs, un membre de la famille Gaultier de la région de La Mothe épousa également un membre de la famille Fraigneau d’Exoudun… ; Marie Arouet veuve du Sr. Jacques Gaultier du Rivault épousa en effet Isaac Fraigneau en deuxième mariage avant 1619  (Source Beauchet-Filleau, p. 789).

[38] Avec les familles Maignen de Niort et Fraigneau d’Exoudun; Voir note précédente.

[39] Beauchet-Filleau, pp. 784-785.

[40] Fief relevant de l’échevinage de Niort. Il est à noter que Jean Jouslard, Ec., Sr. de Pransac et de Montaillon et frère de François Jouslard, Ec. Sr. de Mortefons en 1569 (et Procureur du Roi au siège de Niort, Maire et Capitaine de Niort), épousa en I603 Anne Vasselot, fille d'Eutrope, Ec., Sgr. d'Annemarie (http://driout.club.fr/JOUSLARD.htm). Par ailleurs, en 1719, une Catherine Vasselot épouse le Sgr. des Touches, fils de Gabrielle Jouslard (Fougeyrollas, p. 20). Samuel Gaultier de la Martinière épousa également une Vasselot dans les années qui suivirent. Il semblerait donc que les familles Gaultier et Jouslard étaient liées tant par mariage que par des hommages féodaux passées.

[41] « Les Tousches de Lezay », cité en 1369 (Ledain, p. 279).

[42] Beauchet-Filleau, p. 789.

[43] Y compris pour Marie Gaultier (1589), Jehanne Gaultier (1589-1590), Catherine Gaultier (1590), Mathurine Gaultier (1590), Marie Gaultier (1591), Françoise Gaultier (1592), Nicole Gaultier (1592), Jehan Gaultier (1593), Anne Gaultier (1594), André Gaultier (1595), Joseph Gaultier (1597), Pierre Gaultier (1600), Magdeleine Gaultier (1601), Marie Gaultier (1601), Pierre Gaultier (1641) et Jean Gaultier (1643).

[44]  Cette date est trop tardive pour que cet individu puisse être le père de Samuel Gaultier. Si on admet un changement possible de graphie, il pourrait toutefois en être le frère. Sur la noble famille De la Croix, de St-Pierre-de-Melle, de Châtelliers (à l’Enclave) et de St-Maixent, voir Beauchet-Filleau, Tome II, pp. 745-747.

[45] Y compris pour une Anne Gaultier (1635), fille d’un François Gaultier ; les enfants d’un peigneur nommé Estienne Gaultier, dont Barthélemy, Mery, Françoise, Louise et Jehan (1623-1634) ; les enfants d’un Philippe Gaultier, dont Catherine et Jacques (1637-1639) ; les enfants d’un marchand-peigneur nommé Anthoine Gaultier, dont Jehan, Marie, Jacques, François, Estienne, Pierre et d’un Pierre II (1618-1635) ; et une Perette Gaultier (1635).

[46] Beauchet-Filleau, pp. 788-789.

[47] Sur cette famille, voir aussi Beauregard

[48] Archives départementales des Deux-Sèvres, 26, rue de la Blauderie, BP 505, 79000 NIORT, Tél : 05 49 08 94 90 – Fax : 05 49 06 63 80, Courriel : archives@cg79.fr, Site Web : http://archives.deux-sevres.com/archives79, Cotes de Microfilm: 1 MI EC 263 R 735 et 1 MI EC 263 R 736.

[49] Base de données de « Genealogie.com »

[50] Nous rappelons ici nos conclusions, supra, sur l’existence estimée d’une trentaine de familles Gaultier au Poitou au début du XIIIème et de moins d’une quarantaine de familles au début du XVIIème.

[51] Puisque les Deux-Sèvres occupent une superficie de 5.999km2, une famille Gaultier aurait ainsi en moyenne été recensée pour chaque parcelle du territoire d’un périmètre de 14x14km. Sachant que de telles superficies concordent avec le locus de concentration géographique typique des familles au sein de chaque génération en France préindustrielle (Etude CNRS-INRA du Pr. Dupâquier, op. cit.), ces informations renforcent les conclusions précédentes.

[52] Père du Chev. Constant d’Aubigny, lui-même beau-père de Louis XIV.

[53] « Compromis entre Agrippa et Constant d’Aubigné et Josué de Caumont et sa femme » (fait à Niort, 1er novembre 1624, par Assailly et Martin, notaires royaux, Etude Chauvet, signé par Constant Daubigny, Marie Daubigny, Josué de Caumond [son mari, Sgr. d’Adou, protestant cité en 1613; Beauchet-Filleau, Vol. II, pp. 141] et Samuel Gaultier), dans Dr. Louis Merle, L’étrange beau-père de Louis XIV: Constant d’Aubigny, père de Madame de Maintenon, pp. 158-166.

[54] La Paroisse de Bessines relève de l’élection de Niort (Source: Le Subdélégué Laurent Chebrou, Etat de l’eslection de Nyort fait en l’année 1716).

[55] Un Jehan Maignen, Ec., Sr. D’Aille, Lieutenant-Général du Sénéchal de Niort, est cité en 1603. Un Durand Maignen est également cité en tant que Conseiller de Niort en 1535-1538, anobli par les Lettres Patentes de François I de 1534 (Source : Léopold Favre, Histoire de la ville de Niort jusqu’en 1789, 1889, pp. 125 et 203). Le patronyme et la localisation de ces personnages rendent probable l’hypothèse qu’Antoine Gaultier ait connu Barbe Maignen à Niort. La famille Gaultier semblait effectivement y avoir affaires, puisqu’un frère présumé d’Antoine, Jacques Gaultier, était Avocat Royal et Procureur à Niort de son vécu. Voir aussi la prochaine note infra-paginale.

[56] Dans un acte notarial établi chez Angevin et Jamont, notaires à Niort.

[57] Sté des Statistiques, Sciences, Lettres et Arts du Département des Deux-Sèvres, Mémoires, 3ème Série, Tome VI, 1889, St-Maixent/Niort, pp. 326 et 403. Notons que Prahecq est situé à 11km ou 2h à pied à l’Ouest de Celles. Notons par ailleurs qu’en 1558, l’Ecuyer Jean Vasselot vendit des terres au Sgr. de Prahec et que Samuel Gaultier de la Martinière est l’époux de Jacquette Vasselot, de cette même famille (Fougeyrollas, p. 34). Enfin, on trouve plus tard des membres de la famille Vasselot comme seigneurs de la Fuye en Prahecq (Fougeyrollas, pp. 1-70).

[58] Comporté se situe à Ste-Eanne, dans la région circonvoisine de Celles (à 17km de l’abbaye) et doit à l’abbaye le produit de ses pêcheries. L’épouse du Sgr. Geoffroi de Barbezières, après qu’il eut démissionné en tant qu’abbé de Celles en 1614, était veuve de Louis de Vernou, de la famille de Vernou du Coulombier (à Chanteloup, Bessines), alors propriétaires du fief de Comporté –fief qui passa aux mains du Sr. Philippe Gaultier et resta dans la famille lorsqu’il maria Gilette de Vernou, fille du Seigneur de Comporté et du Coulombier, vers 1640. Par ailleurs, Me Hillaire Fillaud, « Abbé fiduciaire et confidentiaire » de Celles pour le compte des Barbezières s’est marié à une Marie Gaultier à Celles. On a également relevé un mariage Gaultier-Barbezières ; En 1571, Renée de Barbezières, veuve de l’Ecuyer René Gaultier, Sgr. du Fresne, se remarie au Sgr. de Vaux, à 33.3km à l’est de Celles. (Sources : Largeault, p. 70 et 115-118 ; Beauchet-Filleau, p. 789 ; Denis Beauregard, Dictionnaire généalogique de nos origines, SGCF 5753 ; Actes civils de Celles-sur-Belle). Enfin, Jacquette Vasselot (épouse de Samuel Gaultier de la Martinière) est elle-même la tante de Gabrielle Vasselot, qui épousa en 1666 Charles de la Barbezières (Fougeyrollas, pp. 18-19).

[59] Gabriel de Barbezières, frère de l’abbé Geoffroi de Barbezières de Celles, se maria avec Françoise de la Haye-Montbault, Dame de Beaulieu, au début du XVIIème siècle. Les barons de Celles avaient donc une relation avec la Seigneurie de Beaulieu, dont le Sgr. René Fourré était le grand-père de Samuel Gaultier de la Martinière.

[60] En 1520, une Perette Gaultier épousa le Seigneur « de la Guilotrye ». Par ailleurs, Guillaume Gaultier, de la Motte, épousa une Antoinette Châtellier vers 1540, et ils eurent postérité, dont les Seigneurs de Comporté, de Chail, du Rivault et du Grandvau. La famille Gaultier a donc probablement une relation avec les notables du Châtellier (dans l’Enclave), qui sont possiblement des feudataires des Gaultier de la Motte (Sources : Beauchet-Filleau ; Denis Beauregard Dictionnaire généalogique de nos origines, S.G.C.F. 5753 ; F. Dubreuil, Essai  de monographie de la commune d'Exoudun de l’origine à 1800, 1935, Chap. XXX).

[61] On note par la suite une famille « Gaultier du Breuil », Seigneurs du Breuil au XVIIème siècle, dont Claude Gaultier, Ec., attesté en 1656-1685.

[62] Il est intéressant de noter que Philippe Gaultier, Sieur du Rivault et de Comporté, épousa vers 1640 Gillette de Vernou, fille de Françoise « de Theury » (Source : Beauregard).

[63] Fougeyrollas, pp. 18-19. Voir aussi les sites de la famille Vasselot de Régné ; http://vaslo.free.fr/Fiches/D4/P11.htm; www.VASSELOT.com.

[64] Fougeyrollas, pp. 1-70

[65] Fougeyrollas, pp. 37-47 et 67

[66] Si les actes civils des paroisses avoisinantes ne révèlent aucune trace de son baptême, nous n’en trouvons pas non plus pour les Gaultier de la petite noblesse de la région. S’il est surement vrai que les registres sont incomplets, ne serait-il pas aussi permis de se demander si ces nobles, souvent baptisés dans des chapelles familiales, habitués à traiter directement avec les notaires royaux et les greffiers en ce qui concerne leurs actes juridiques, et de toute manière bien connus des autorités de par d’autres mécanismes tel le ban, n’échappent pas au système des registres paroissiaux ? Comme Gautier le Chartiste le signale si bien, « en un certain nombre de châteaux, il y avait une chapelle… La plupart des seigneurs voulaient avoir des églises en miniature… » (Gautier, pp. 548-549). En outre, on se doit de rappeler le fait que beaucoup des notables de la région tergiversent, à cette époque, entre le catholicisme et le calvinisme et qu’ils n’ont pas nécessairement été baptisés par l’Eglise…

[67] On sait par exemple que M. D’Aubigny (ami de Samuel Gaultier de la Martinière) ainsi que la famille Beaudéan-Parabère (à laquelle Gaultier de la Martinière était inféodé) étaient des anciens calvinistes ayant abjuré. Il est possible que les Gaultier de Pierre-Levée aient partagé un tel historique de conversions et d’abjurations.

[68] Voir, supra, à ce sujet.

[69] Largeault, p. 99

[70] F. Dubreuil, Essai de monographie de la commune d'Exoudun de l’origine à 1800 (1935), Chap. 16: La Réforme à Exoudun. 

[71] Largeault, p. 149

[72] « Le Poitou Protestant -Quelques éléments d'histoire », http://huguenots-france.org/france.htm.

[73] Dubreuil

[74] Largeault, pp. 98-115

[75] Dubreuil

[76] Largeault, pp. 98-115

[77] Dubreuil

[78] Largeault, pp. 98-115

[79] Dubreui 

[80]  Largeault, pp. 98-115

[81] Dubreuil

[82] Largeault, pp. 114-118

[83] « Le Poitou Protestant -Quelques éléments d'histoire », http://huguenots-france.org/france.htm.

[84] Dubreuil

[85] F. Dubreuil, Essai de monographie de la commune d'Exoudun de l’origine à 1800 (1935), Chap. 16

[86] Le Poitou Protestant -Quelques éléments d'histoire (http://huguenots-france.org/france.htm)

[87] « Les panneaux historiés du château de La Mothe St-Héraye -Le commanditaire Jean ou Henri de Baudéan », http://www.medialib.alcatel.com/ARTICLES/panneaux_mothe/commanditaire.htm

[88] En dépit de l’emprise progressive de la famille de la Rochefoucauld, la famille Fillaud gardera longtemps une influence sur l’abbaye et la paroisse de Celles : Hillaire Fillaud en sera l’administrateur de 1614 à 1623, Blaise Filleau en sera l’aumônier de 1619 à 1638, Jean Fillaud en sera le sous-prieur de 1643 à 1652, un autre Blaise Fillaud en sera le procureur fiscal de 1654 à 1681, et François Fillaud en sera son notaire et greffier de 1663 à 1679. Hillaire Fillaud, s’étant marié à Marie Gaultier à Celles, y sera inhumé en 1663 (sources : Largeault, p. 118 et Documents en annexe, pp. CXXXI-CXXXIV ; Actes civils de Celles-sur-Belle).

[89] En plus du fait que la Martinière dépendait des Baudéan, il est intéressant de noter qu’en 1598-1599, le Sgr. Pierre Vasselot (père de l’épouse de Samuel Gaultier de la Martinière) donna avec le Chev. Joseph de Baudéan, Sgr. de Parabère et Lt. Général du Roi en Poitou, un site pour la construction du temple à St-Maixent (Fougeyrollas, p. 17).

[90] L’épouse du Sgr. Geoffroi de Barbezières, après qu’il eut démissionné en tant qu’abbé de Celles de en 1614, était veuve de Louis de Vernou, de la famille de Vernou du Coulombier (à Chanteloup, Bessines), alors propriétaires du fief de Comporté –fief qui passa aux mains du Sr. Philippe Gaultier et resta dans la famille lorsqu’il maria Gilette de Vernou, fille du Seigneur de Comporté et du Coulombier, vers 1640. On peut également constater un mariage à Celles de Me. Hillaire Fillaud, sieur de Boisvert, à une Marie Gaultier au début du XVIIème. Nous savons par ailleurs que les Baudéan (Bodyan) étaient les barons de la Mothe, et que Samuel Gaultier de la Martinière était leur feudataire. La lignée maternelle des Gaultier de Pierre-Levée est aussi liée par mariage aux Barbezières, seigneurs commendataires de Celles à l’époque Gabriel de Barbezières, frère de l’abbé Geoffroi de Barbezières de Celles, se maria avec Françoise de la Haye-Montbault, Dame de Beaulieu, au début du XVIIème siècle. Nous avons en outre relevé un mariage Gaultier-Barbezières ; En 1571, Renée de Barbezières, veuve de l’Ecuyer René Gaultier, Sgr. du Fresne, se remarie au Sgr. de Vaux, à 33.3km à l’est de Celles.

[91] La base de données des actes civils français de « Genealogie.com » ne révèle aucune naissance d’individus portant ce nom en France ni au XIXème ni au XXème siècle.

[92] Eugène et Emile Haag, La France protestante, Tome VIII, Trunot & Cie, Paris (1858), p. 98.

[93] Société de l'histoire du protestantisme français, Bulletin, Etudes, documents, chronique littéraire, Paris (1985), pp. 343-346.

[94] Il existe aussi une famille noble « de Goulart » originaire du Poitou, comprenant entre autres, le Sgr. Bertrand de Goulart de l’Isle-Bozou, et le Sgr. Bertrand de Goulart, Bailli de Berry (Beauchet-Filleau, Tome IV ; Armorial du pays d’Oc). Il y aurait également des liens à signaler entre cette famille et celle des Vasselot dont est issue l’épouse de Samuel Gaultier de la Martinière. En effet, en 1330, Louis Vasselot épousa une Anne de Goulard. En outre, en 1550, René Vasselot épousa une Françoise de Goullard, fille de René Goullard, Ec., Sgr. du Breuil-Milon (Fougeyrollas, pp. 10 et 57).

[95] Bourquin, p. 3

[96] Thierry Sabot, « La réglementation familiale sous l’Ancien Régime », Histoire-Généalogies, 22 janvier 2009, tiré de Thierry Sabot, Contexte, guide chrono-thématique, Roanne (2007). Une ordonnance de novembre 1639 supprime toutefois cette coutume, en réitérant les termes de l’édit de 1557.

[97] Fougeyrollas, p. 19.

[98] Il est à noter que Jacquette Vasselot (grand-mère possible d’Helye) est la belle-sœur de Marie de Brémond, Dame de Javrezac.

[99] Sur ces personnages, voir l’abbé Alfred Largeault, Histoire de l’abbaye de Celles-sur-Belle, 1900, réimprimé par Res Universis, Paris, 1991, pp. 123-124 et 153-154

[100] Cité en 1612 dans un acte du Chev. Hector de Préaux, Sgr. de Châtillon (Source : Henri Beauchet-Filleau, Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, 1905, p. 547)

[101] Ceci est vrai de toutes les couches de la société. Voir par exemple, à ce sujet, l’acte de baptême de Geoffroy de Suirot, qualifié noble, à Notre-Dame de Celles, en 1619 (dans Ledain, pp. 116-117).

[102] Ainsi que le témoigne par exemple le contrat notarié suivant de 1686, concernant la dote d’une de ses filles : « Par devant Paul Vachon notaire… et temoingts soubsignez furent presents en leurs personnes… Elye-Joseph Gaultier et Marguerite Moithye sa femme… faict et passé en la maison dudit Gaultier et de sa dite femme… ce trantiesme de juillet l an mil six cent quatre vingt six… et ont declarez… lesdits Gaultier sa dite femme… ne scavoir escrire ny signer de ce duement enquis suivant l ordonnance l apostille en marge aprouvée et paraphée le jour et an sus dit (Signé) Thibierge, Marie Sevestre, Joseph Lelarge,  Paul Vachon, notaire royal (paraphe) » [Nos soulignés et italiques].

[103] Le 4 février 1661, il reçoit du Sr. Charles de Lauson de Charny une concession à la Seigneurie de Lirec sur l’Île d’Orléans. Le 24 octobre 1663, il épouse à Château-Richer, Marguerite Moitié (née en Aunis et fille du Sergetier Jacques Moitié et de Françoise Langevin), lui apportant par contrat du 7 octobre (devant Me. Audouart) des biens estimés à 300 livres –payés par le Trésor. Le 30 janvier1685, il vend une ferme à Saint-Jean, Île d’Orléans, pour une somme de 100 livres. Le 4 aout 1698, il vend une ferme sur l’Île d`Orléans, avec « un méchant corps de logis de vingt pieds de long sur seize pieds de large » y compris 2 chevaux, 2 bœufs et un veau, pour une somme de 2.700 livres à David Étourneau. En 1681, les recenseurs le trouvent à l'Île d'Orléans, possédant un fusil, cinq bêtes à cornes et quinze arpents de terre (Sources : Revue des Mémoires de la Société Généalogique Canadienne-Française, volume 44, no.4 (hiver 1993) ; Michel Langlois, Biographie des Ancêtres Québécois 1608-1700, Tome II ; Silvio DUMAS, Répertoire biographique, DGFC, I : 258). Voir, par exemple : Acte de vente d’une terre dans la paroisse Saint-Jean, I.O., à Bernard Laisné-dit-Laliberté, passé par le notaire Paul Vachon, de Beauport, le 30 janvier 1685: "Elie Joseph Gauthier et Marguerite Moystié, sa femme, de la Sainte Famille, vendent à Bernard Laisné dit Laliberté, habitant du mesme lieu, une concession consistant en 3 arpents de terre de front sur le fleuve, au passage du sud de la d. isle, à eux appartenant par le décès de (Elie)-Joseph Gauthier, leur fils, lequel l'avait eue par concession devant le notaire soussigné (le 4 février 1674), bornée (au nord-est) par Jacques Gendron et (au sud-ouest) par Pierre Pasquier (Paquet père, 1638-post 1719), et par devant au fleuve Saint Laurens, et au bout, par derrière, à la ligne qui régnera par le milieu de la d. isle, de pointe en pointe, avec tout ce qu'il y a de terre désertée et défrichée, et mesme de bois, sans aucune chose en réserver ni retenir".

[104] Fougeyrollas, p. 22.

[105] Arch. Dép. des Deux-Sèvres, C.61, Etat de l’eslection de Nyort fait en l’anné 1716, par le subdélégué Laurent Chebrou, p. 35, cité dans Largeault, pp. 156-157

[106] Arch. Dép. des Deux-Sèvres, C.62, pp. 2, 83, cité dans Largeault, p. 164

[107] Les engagés étaient des hommes qui signaient un contrat dans lequel ils s'engageaient à travailler trois ans pour un colon déjà établi en Nouvelle-France (Source: Danielle Gauvreau, Québec –une ville et sa population au temps de la Nouvelle-France, Presses de l’Université du Québec, 1991, Québec, p. 6). Plusieurs personnes exécutaient des contrats d’engagement à La Rochelle en 1657. Celles-ci comprenaient notamment : un groupe de marchands travaillant avec le Notaire Moreau ; les marchands François Perron et Pierre Gaigneur travaillant avec le Notaire Cherbonnier et envoyant leurs engagés en Nouvelle-France sur le navire Thoreau (ou Taureau), dont le capitaine était Capt. Elie Tadourneau ; ainsi que Sieur Pierre Boucher, qui fit exécuter de nombreux contrats d’engagement pour des travaux de défrichage de Percé à Boucherville –en se servant du vaisseau « Armes d’Amsterdam » pour dépêcher ses engagés en Nouvelle-France. La Compagnie de Beaupré était toutefois également déjà établie et aurait pu nécessiter des engagés pour le défrichage de Château-Richer et de ses environs.

[108] Voir notre discussion sur ce thème, supra.

[109] Des enfants de la région de Poitou-Charentes servent effectivement parfois de domestiques en Nouvelle-France à l’époque. Joutel fait par exemple référence à une petite fille de St-Jean d’Angély qui servait comme domestique à La Rochelle et ensuite sur la barque « La Belle » du pilote Tessier (P. Magry, « Mémoire de Henri Joutel » dans Découvertes des français, Tome III, reproduit dans Séraphin Marion, Relations des voyageurs français en Nouvelle-France au XVIIIe siècle, PUF, Paris, 1923).

[110] Voir notre discussion à ce sujet, infra, pour plus de précisions sur thème.

[111] Sur 147 engagés embarqués à La Rochelle entre 1642 et 1644, 22 seulement se sont établis en Nouvelle-France (Source : www.histoirequebec.qc.ca).

[112] Voir notre discussion à ce sujet, infra.


[1] Acte de mariage Dubreil-Gauthier passé devant le notaire Paul Vachon (Ste-Famille, 30 juillet 1686)

[3] « Louis de Niort de Lanoraie  (1639 - 1708) », http://www.francogene.com/genealogie-quebec-genealogy ; http://genealogiequebec.info

[4] PRDH, Document No. 30138 : Acte de mariage de 1663-10-24, Château-Richer.

[5] Acte de mariage Dubreil-Gauthier passé devant le notaire Paul Vachon (Ste-Famille, 30 juillet 1686)

[6] Acte de sépulture d’Elie Gautier, paroisse de Ste-Famille de l'Île d'Orléans, dans Robert Larin, « Engagés pour le Canada à Dieppe » [Sic.], L'Ancêtre, Bulletin de la Société de généalogie de Québec, vol. 25, nos 5 et 6 (février-mars 1999), pp. 163-172 :  « Le dix décembre mil sept cent, a été inhumé dans le cimetière par moy curé soussigné le corps de déffunt Élie Gautier âgé de soixante ans décédé le jour d'hier après avoir reçu les Sacrement de pénitence et eucaristie. L'Inhumation présence de Jacques............ et Jacques Bilodeau qui ont déclaré ne savoir signer » [Nos italiques].

[7] Jean de Lauson de Charny est issu d’une ancienne famille de juristes établie à Bignoux, à 11km de Poitiers, depuis le XVIème siècle. Il laissa l’administration de la colonie à son fils Charles, Sieur de Charny, et quitta Québec en septembre 1656. La branche poitevine de la Roulière de la famille De Lauzon de la Poupardière fut maintenue à l'Intendance de Poitiers en 1699, et existe toujours (Sources : Adams et al., Dictionnaire biographique du Canada el ligne, Université de Toronto/Université Laval, 2000 ; P. Potier de Courcy, Nobiliaire et armorial de France, Tome II, 1868-1879, p. 168).

[8] Beauchet-Filleau, Vol. 3, pp. 441-448.

[9] Fougeyrollas, p. 68

[10] Parmi ses domestiques ; Claude Lefebvre (Febvre), Pierre Lemoyne et Jean Levasseur.

[11] Gérard Lebel et Jacques Saintonge, Collection « Nos Ancêtres », Livre 13, Ste-Anne de Beaupré ; Institut Drouin, “Jacques Billaudeau”, dans DICTIONNAIRE NATIONAL DES CANADIENS FRANCAIS (1956) ; Site Web de la famille Bilodeau : www.bilodeau.org; Site-web de la famille Comeau : www.users.nac.net

[12] Selon Nassiet, Gresset et Figeac, on trouve en moyenne, au sein de la petite noblesse au XVIIème siècle, un chiffre de 6-7 baptêmes par mariage Par ailleurs, selon le Dictionnaire de Richet, paru en 1580, le cadet doit céder à l’aîné. D’expliquer Bourquin : «L’objectif essentiel de la noblesse est la protection de la succession contre l’émiettement. On retrouve ce souci dans la réglementation des coutumes sous l’Ancien Régime. On peut en dégager 3 formes. La première, qu’on retrouve surtout dans l’Ouest de la France (… Poitou jusqu’à la Touraine) donne aux nobles des règles de partage spécifiques et la part d’héritage de l’ainé est considérable… Toutes ces règles désavantagent les cadets… Certain conflits sont… connus par le biais des archives judiciaires… Il faut analyser ces conflits en terme de frustration mais ceux-ci apparaissent souvent parce que les cadets veulent prendre comme épouse une roturière »  (Bourquin, pp. 2-3).

[13] Cette hypothèse reviendrait en renforcer d’autres, bien connues, au sujet de la confirmation considérée « tardive » (en Nouvelle-France) de Joseph-Elie, en 1660. Après 1598, la colonie offrait en effet aux huguenots l'occasion d'échapper à la persécution religieuse qu'ils subissaient en France avec l'espoir de trouver une terre d'accueil dans laquelle leur foi serait tolérée. S’ils étaient peu nombreux, dès 1667, un décret royal réserva de nouveau les colonies du Canada et de l'Acadie aux seuls catholiques. Robert Gauthier suggère néanmoins le protestantisme d’Helye dans : Robert Gauthier, Éd., The History of Joseph-Élie Gauthier and his Descendants Since 1626,1986, Montréal, 71 p. ; Gérard Lebel, Nos ancêtres, Sainte-Anne-de-Beaupré  (1995).

[14] Au XVIIème siècle, les temples de Sèvres comprennent : Aigonnay ; Augé ; Beaussais ; Bougon ; Breloux la Crèche ; Chail ; Chauray ; Chavagné ; Chef Boutonne ; Chenay ; Cherveux ; Chey ; Exoudun ; François ; La Couarde ; La Cournolière ; La Mothe Saint Héray ; Lezay ; Moncoutant ; Mougon ; Pamproux ; Rom ; Sainte Blandine ; Saint Maixent l'Ecole ; Sainte Néomaye ; Saint Romans lès Melle ; Salles ; Sepvret ; Soudan ; Souvigné ; Tauché ; Thorigné ; Vançais ; Verrines sur Celles ; Vitré; Vouillé. Le temple de Melle est cependant détruit en 1644 et aucun temple ne fut ouvert à Celles avant 1847 (Source : Le Poitou Protestant -Quelques éléments d'histoire, http://huguenots-france.org/france.htm).

[16] Scapulaire reçu le 21 Septembre 1665 (Sources: Marcel Gauthier, Revue des Mémoires de la Société Généalogique Canadienne-Française, volume 44, no.4 (hiver 1993) ; Michel Langlois, Biographie des Ancêtres Québécois 1608-1700, Tome II).

[17] Norbert Elias, La dynamique de l'Occident, éd. Calmann-Lévy, 1975, pp. 219-234 ; Jérôme Spick, « L'école secondaire à la française, de l'émergence à la crise (XVIe-XXe siècles) », Cairn (2007)

[18] Passeron, « La signification des théories de la reproduction socioculturelle », Revue internationale des sciences sociales, n° 110 (Décembre 1986)

[19] Y compris des cens, taxes et péages, et banalités divers.

[20] La société française sous l'Ancien Régime, http://www.stellamaris-edu.net.

[21] Ledain.

[22] Léon Gautier, La chevalerie, 1884, réimprimé par les Editions Pays et Terroirs, Cholet, 1999, pp. 143-144.

[23] Carlo M. Cipolla, Litterary Development in the West, Harmondsworth, Middlesex, 1969, pp. 41-56

[24] Gautier, La Chevalerie, p. 144

[25] Gautier, pp. 365-367

[26] Eginhard, Vie de Charlemagne, Ed. Louis Halphen, Paris 1923

[27] DuCange, Glossarium mediae et infimae latinitatis, Niort, 1678, reproduit par les Ed. Favre, Paris, 1883-1887

[28] Largeault, pp. 115-136 et 151-157 et Cabinet de M. Beauchet-Filleau

[29] Me Charles Loyseau, Traité des ordres et simples dignitez (1610) :  « Le labourage ne déroge point à la noblesse, non pas, comme on estime communément, à cause de l'utilité d'iceluy ; mais d'autant que nul exercice que fait le gentilhomme pour soy et sans tirer d'argent d'autruy n'est dérogeant. »

 [30] W.J. Eccles, La Société en Nouvelle-France

[31] M. le baron de La Hontan, « L’Amérique septentrionale » (La Haye, 1703) dans Mémoires de la S.R.C., Vol. I (1894), reproduit dans Marion, p. 247.

[32] W.J. Eccles, La Société en Nouvelle-France

[33] Marion, p. 246.

[34] « Le Canada à l'époque de la Nouvelle-France » (http://www.salic-slmc.ca). Nos italiques.

[35] Robert Larin, « Engagés pour le Canada à Dieppe » L'Ancêtre, Bulletin de la Société de généalogie de Québec, vol. 25, nos 5 et 6 (février-mars 1999), p. 163-172

[36] Gagné, pp. 16-17.

[37] La plupart des soldats du régiment Carignan-Salières auraient, selon divers historiens, été des gentilshommes, issus de la noblesse non-titrée (cf., Régis Roy et Gérard Malchelosse, Le regiment de Carignan, Montréal (1925) ; Francis Parkman, The Francis Parkman Reader (1955), Ré-impression Da Capo (1998), pp. 206-207)  

[38] « La royauté facilite également la migration de quelque 850 filles à marier, pour la plupart, orphelines de militaires » (Jacques Mathieu, « Nouvelle-France, Histoire », L'Encyclopédie canadienne, www.thecanadianencyclopedia.com)

[39] Gagné, pp. 16-17, 32, 34, 37-38, 249 et 313.

[40] Revue des Mémoires de la Société Généalogique Canadienne-Française, volume 44, no.4 (hiver 1993) ; Michel Langlois, Biographie des Ancêtres Québécois 1608-1700, Tome II

[41] « Le Canada à l'époque de la Nouvelle-France » (http://www.salic-slmc.ca)

[42] Gagné, pp. 36-38.

 

 

 

 

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